L’ombre des corps célestes sous la glace des réverbères

Quelque chose d’orange
Une vapeur légère, un arôme, un regard.
Puis les relents affreux de l’après.
La nuit se lève encore engourdie de sommeil
Dehors on claque du bec ou des ailes, on se hâte.
Une autre vie commence
Parallèle à toutes les autres.
Comme des oiseaux qui retrouvent leur nid
Chacun revient à l’endroit du matin
Une fatigue au-dessus de la tête en nuage gris sombre
De la joie sur la peau douce des lèvres
Brume bleue des étés de l’avant.
Quelque chose d’orange demeure tout là-haut
Où s’impose la lune
Où dorment les âmes en allées
Et les rêves anciens, oubliés ou brisés.

*
Parfois on se perd dans le rêve d’un autre
On n’y reconnaît rien ni personne
Un soupir déplace les meubles
C’est dire leur légèreté
Les semelles disparaissent dans le plancher
Sans chapeau le front heurte la voûte
La viande des murs mûrit
En guise de loupe on utilise l’océan
Pour regarder de trop près l’envers
Un homme prétend vous avoir rencontré en enfer
Or vous évitez les repas copieux
Comme de refroidir la soupe avec des glaçons
Quand la neige chuchote
On ne sait quel secret de Polichinelle
A l’oreille de la géante allongée sur nos morts.
*
Des nuages dodus se prélassent dans les bras du ciel
Et rient de la danse impatiente des étoiles
Pour entrer en scène avant que la lune ne leur ravisse la vedette
Tous savent que l’hiver est en voyage
Mais pas un n’imagine sa destination
Je l’ai croisé sous une fine pellicule de glace
À la surface d’un étang ravi d’être le premier à se figer
S’endormir sous les arabesques de patineuses
Qui dessinent des poèmes lus par les poissons dans leur sommeil
Sans doute n’était-ce pas lui mais une brise trop hardie
Voilant les yeux de quiconque trop curieux de la marche des saisons
Dans ma rue les réverbères soupirent et offrent un halo dénué de paillettes
*

Ramasse temps,

Nous avons posé nos guirlandes
Dans la nuit
« Scintillance » pour conjurer le sort
Ou appeler le rêve à la rescousse.
Les ports dorment dans le soir
Peints de lumières sculptées
Pour poser les voyageurs
Ou appeler le passant à s’arrêter
Sous les étoiles du temps
Qui sait ce qui nous pousse à toujours enluminer le noir
Ajourer l’obscur ?
La peur des ombres sans doute qui logent dans nos yeux morts
Et nous font passer à côté de nous.

*

Des ombres délicatement croquées par 4Z, Eclaircie, Phoenix et moi-même.
Merci à Gilbert Bécaud et Louis Amade inspirés avant moi par « les âmes en allées ».

5 replies on “L’ombre des corps célestes sous la glace des réverbères”

  1. Elisa-R dit :

    Encore une fois, je suis saisie par la force des mots et les coutures discrètes qui les cousent entre eux. Un exemple ? La présentation de l’ensemble a été rédigée avant la réception du dernier poème !
    Que le jour vous soit doux !

  2. Éclaircie dit :

    Ah ! Élisa : notre fée extralucide…
    La Poésie existe en elle-même et sait guider nos visions pour que nos mots s’épousent.

    Le jour du PPV est toujours doux !

  3. phoenixs dit :

    Je garde de cette guirlande le quelque d’orange orange au-dessus de la géante endormie sur des poissons avides de poésie.
    En effet, tout est tissé discrètement dans la même étoffe.

  4. 4Z2A84 dit :

    Quittons l’après pour l’avant plus ensoleillé par la lune. Et si les arabesques des patineuses nous étourdissent, appelons le rêve à la rescousse; ses lumières sculptées sont des glaçons qui éclairent mieux que nos bougies.
    L’écriture des corps célestes se déchiffre les yeux fermés et le cœur au top.

  5. phoenixs dit :

    Tout s’est précipité en vrac dans le commentaire bien sûr qu’il fallait lire  » quelque chose d’orange au-dessus de la géante « .

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