Bisous du vide

Le sens a perdu ses belles plumes blanches
Au cours d’un jour de chasse long comme une saison.
Bien à l’abri du froid derrière les murs de la maison
Nous n’avions pas perçu la détresse de ce dimanche.
Ordinaire il perdait peu à peu de sa puissance
Semant ici et là, par les coutures fragiles de son manteau,
Les détails, ciselés avec minutie, de son importance.
Et les gorges rouges des oiseaux de l’hiver
Et les regards vides des enfants des cimetières
Désormais unis par les liens rugueux du non-sens
Cèdent leur place encore chaude au visage de l’absence.

*
Une tache noire est apparue sur le mur
L’homme l’a remarquée juste avant le crépuscule
Il s’est endormi
Dans sa nuit l’auréole devenait mouvante
Dessinait mainte formes
Quelques-unes au galbe rappelant  un œuf
Une poire puis soudain se transformant
En un silex aiguisé coupant
Mais jamais le signe n’est devenu lettre
Ou seulement le point du i 
Celui de la virgule et même le final
Au matin l’homme n’a pas vu le temps passé
Mais au mur une lumière étrangère
Une fenêtre immense était née 

Entre des mains habiles
Une barque devenait en un clin d’œil un balcon
Ainsi se réveillait-on ailleurs qu’au milieu de l’océan.
On voyageait les yeux fermés
Dans ces boîtes qui épousent les formes du corps
On y entendait le silence se plaindre de crampes
On ne se souvenait de rien c’était agréable
Comme lorsque la pluie tombe gratuitement
Sur des crânes dont le couvercle sonne à peine
Mais suffisamment pour nourrir la grande oreille
Et l’entonnoir introduit de force dans la gueule des volcans.
*
 
Bisous du vide,
 
On cherche quelque chose
Dans sa poche, sous les éclats
De verre aux rires blancs
Appels sans réponse imbibés
Les mouchoirs saignent
On se dit mille pensées
En une seule
Perdue dans le silence
… » Qui t’aime »…

*
Un Zephe rubis sur l’ongle versé par Phoenixs, 4Z, Eclaircie et moi-même.
Merci à Phoenixs pour le titre.

5 replies on “Bisous du vide”

  1. phoenixs dit :

    Cet homme à tête d’œuf, le silex, les entonnoirs dans les océans cratères et toutes ces boites, ces écrans plats, vides, vibrants avec leurs petits mots perdus androïd, smileys, gazouillis, les signes, signaux, petits bras tendus dans l’espace étouffé.
    Garder la fenêtre ouverte malgré les courants d’air ou peut-être à cause d’eux…

  2. 4Z2A84 dit :

    Les paradis artificiels que produiraient certaines drogues dures sont à mon avis loin de valoir ceux (paradis et enfers) engendrés par la lecture de certains poèmes. C’est ici le cas. Je lis, je relis…mais je suis prudent, je ne lâche pas la rampe.

  3. Elisa-R dit :

    Lâcher la rampe et apercevoir  » la tache noire sur le mur » ; les « yeux fermés » s’éveiller en voyage dans une boîte aux formes épouses de notre corps ou, lucide et froid, entendre dans le silence des mots tendres et orphelins : « qui t’aime »…
    Nul besoin de drogue en effet, celle qui nous anime, bien que naturelle, dépasse de loin toutes celles que l’humain a pu imaginer.

  4. Éclaircie dit :

    « Le vide », cet espace où tout est à écrire, où tout est écrit à qui sait lire.

  5. Toni Cervantes Martinez dit :

    est-ce vraiment vide, le vide?
    toni

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