Un poème de Jules Supervielle.

 

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« Plein ciel.

.

J’avais un cheval

Dans un champ de ciel

Et je m’enfonçais

Dans le jour ardent.

Rien ne m’arrêtait

J’allais sans savoir,

C’était un navire

Plutôt qu’un cheval,

C’était un désir

Plutôt qu’un navire,

C’était un cheval

Comme on n’en voit pas,

Tête de coursier,

Robe de délire,

Un vent qui hennit

En se répandant.

Je montais toujours

Et faisais des signes :

« Suivez mon chemin,

Vous pouvez venir,

Mes meilleurs amis,

La route est sereine,

Le ciel est ouvert.

Mais qui parle ainsi ?

Je me perds de vue

Dans cette altitude,

Me distinguez-vous,

Je suis celui qui

Parlait tout à l’heure,

Suis-je encor celui

Qui parle à présent,

Vous-mêmes, amis,

Êtes-vous les mêmes ?

L’un efface l’autre

Et change en montant. »

.

Jules Supervielle (1939).

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2 replies on “Un poème de Jules Supervielle.”

  1. Phoenixs dit :

    Bien sûr que non, nous avons changé en descendant. 1939-2015

  2. Éclaircie dit :

    La route de la poésie est sereine. Ou plutôt elle tend vers la sérénité lorsque les paysages, en bas, sont désolation.
    Nos seuls amis fidèles seraient-ils les mots ?

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