Hésiter sur le seuil du gros cube,

Aux vagues de silences englouties par les nuits
Succèdent de nouveaux feux allumés par un diable.
D’invisibles démons au sommet des collines
Dansent comme agités de soubresauts.
Aucun bruit cependant n’a la force de grandir
Tous s’éteignent avant même de naître.
Il faut attendre.
La sarabande meurt au lever du soleil
Un soleil mouillé de longues pluies étranges.

***
La maison, ce gros cube
Rêve d’abandonner caves et greniers
Les caves pour oublier l’humidité stagnante
Les greniers pour happer le soleil dès son lever
Et lancée sur rail ou dans les airs
Volets ouverts, rideaux flottants
Deux faces aveugles et invisibles
Quatre autres vivantes, percées de portes de fenêtres
Elle envisage d’héberger des pavés trop lourds
Des volumes et des volumes d’écriture fine
Quelques stylos, autant de claviers
Et les cerveaux de ces poètes, de semaine en semaine rassemblés
Mais les fondations ronchonnent, le gros cube a dû se poser
Quant aux cerveaux ils ne voyagent plus qu’incognito.
***
Nous hésitions sur le pas de la porte à l’ouvrir
Le vent en profiterait pour secouer les arbres sédentaires
Ou pour retrousser la robe de bronze des cloches
On verrait le ciel bouder faute de nuages
Un coup d’épée dans l’eau ne troublerait pas les étangs
Où les oiseaux se regardent avec complaisance
Glisser le long de l’azur insensible
Autrefois leurs ailes ne les trahissaient pas
Elles n’étaient pas que le produit de notre imagination
Elles ne se laissaient ni photographier ni peindre
Elles cinglaient l’espace pour se sentir toujours plus libres
Et nous les préférions aux navires à voiles.
***
Le temps continu,
A voir ce jeune homme en combinaison
Si loin de Proust et pourtant si poli
Dans la réverbération de novembre en mer
S’adresser courtois à ces femmes étrangères
Perdues au milieu des méduses
On se croirait à Guermantes voiles apportés
Par des temps taquins et amnésiques
On n’entend rien de qui est dit
Un geste juste au loin Visconti
Dans sa Venise rouillée
Les dames remercient en chantant leur accent
Pour une fois délicieuses dentelles.

Une pensée en ce jour gris. Nous ne tomberons pas de la bicyclette des mots qui portent les hommes au-delà de leur étroitesse.
4Z, Eclaircie, bibi, Elisa, Héliomel et tous les autres !

4 replies on “Hésiter sur le seuil du gros cube,”

  1. Phoenixs dit :

    Ces textes portaient en eux et la lumière d’une plage de novembre paisible à Villefranche sur mer, et la lumière plus noire au seuil et à l’intérieur du gros cube dans lequel nous tournons plus ou moins affolés, plus ou moins aveuglés.
    Le temps nous dira quelle porte il fallait ouvrir, en attendant il nous reste l’interstice des murs cachés pour y trouver un souffle d’air.

  2. 4Z2A84 dit :

    En nous notre maison cherche l’assurance d’un foyer confortable. Les fenêtres s’ouvrent sur des paysages que nous réinventons lorsqu’ils ne conviennent pas à des yeux rêveurs. De la lucarne du grenier nous observons des pluies étranges rayer le ciel où les méduses flottent faute d’un océan délivré de ses monstres pour les accueillir.

  3. Elisa-R dit :

    Je n’hésite pas un seul instant pour franchir le seuil de ce « gros cube ».

  4. Éclaircie dit :

    « le gros cube » sait, tour à tour, être en mer, sur terre, dans les airs. Il nous porte loin des pluies étranges, respecte nos invisibles ailes, ouvre ses fenêtres aux délicieuses dentelles.

    Le gris reste gris, ne nous privons jamais d’évoquer d’autres couleurs.

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