Hors saison

Un rien t’habille,
 
Une main dans le soir
Prête à sortir
Un bout de rouge dans la vitesse
Sur ta robe noire
Ton visage effacé par le départ
Ou l’arrivée au choix
Puisque je descends au crépuscule
La marche s’appuie sur la nuit
Qui nous fera trébucher
Sur les riens qui nous ont déshabillés
Sans rien porter.
*
Dans la neige nos pas sont notre signature
Ils y creusent nos volontés :
Suivre le chemin jusqu’au bout
Ne jamais crier au secours
S’interdire un regard en arrière et de rire
Car un rire nerveux provoque l’avalanche.
Sous le soleil un chalet s’évapore
Son bois nourrit le feu.
Dans la peau de l’ours on obtient
Quelques jours de répit pour broyer la montagne
Tordre le cou du vent
Mettre en lambeaux les affiches qui vantent
Les qualités humaines des glaciers
Où des mammouths conservés à l’abri
De la chaleur n’ont pas changé de rêve.
*
La brume est en suspension
Entre le ciel et le ciel
-La nuit présente toujours plusieurs ciels à l’œil acclimaté-
La brume hésite entre rester brume
Ou se muer en un brouillard pesant
Peut-être aimerait-elle frôler les cimes
Mais aussi les étoiles ou seulement la lune
Plus proche plus amicale et bienveillante
Tandis que les arbres dans son halo
En apesanteur s’embarqueraient
Plus loin que nos sommeils
Nos collines aux pentes douces mais statiques
L’érable offrant sa couleur au noyer sombre
Feuilles mêlées pour ouvrir nos chemins

*
La lune ahurie veille le petit brasier timide
Qui somnole couché en rond
Au fond du corps comme un lest de plomb.
Pas de vent ni de bruit, juste une autre nuit
Un peu plus longue que n’importe quelle autre.
Une montagne, un ange, des cimes sombres se découpent
Sur la page claire de ces heures sans repère.
Une main, sans passé ni avenir, détachée de tout lien
Agitée de mouvements risibles grave
Sur la souche moribonde d’un hêtre
Des mots écorchés dont le sens déjà faible
Ne survivra pas au nouveau jour qui se lève.

*
Dans l’ordre d’arrivée des feuilles au pied de l’arbre : Phoenixs, 4Z, Eclaircie et moi-même .

4 replies on “Hors saison”

  1. Éclaircie dit :

    J’envie ces mammouths qui n’ont pas changé de rêve -j’envie leur sommeil- Rooo quelle paresseuse cette Éclaircie…

    Et je suis admirative des ces couleurs d’automne. On ne sait si ce rouge évoqué est triste ou grave ; dans le doute, on marche en silence dans la neige, contrastant sous la robe noire; la brume nous offre la sensation d’apesanteur, et d’arbre en arbre, nous parviendrons avant le jour à lire les gravures que cette mystérieuse main à laissées.

  2. phoenixs dit :

    Bonne chose que de tordre le mensonge des affiches hors saison, marcher dans la brume qui hésite sûr malgré tout que le reste est derrière.
    Malgré une lune ahurie, mais qui ne le serait pas devant un tel monde ? Nous continuons main dans la main à tenter de saisir quelque sens à notre marche.

  3. Elisa-R dit :

    Hier j’étais envahie d’images, incapable de les voir tant elles étaient proches. Leurs voix n’étaient qu’un murmure délicieusement incompréhensible soufflé dans le creux de mes oreilles. Ce matin, la bouche froide de novembre sur le corps de l’automne fait naître une brume propice à la lucidité -une lucidité- et chaque poème conte sans entrave ce qu’il a dessiné : des liens profonds entre des mondes étrangers, une rivière très belle née de sources discrètes…
    Je me réjouis du hasard de l’arrivée du courrier et des muses qui ont nourri nos rêves.

  4. 4Z2A84 dit :

    « La marche s’appuie sur la nuit qui nous fera trébucher »…dans la neige. La nuit est très présente dans cette suite de poèmes, sans doute parce qu’elle offre « plusieurs ciels à l’œil acclimaté » ou parce qu’elle est  » un peu plus longue que n’importe quelle autre ». Sur la page par contre claire peuvent ainsi apparaître une montagne, des cimes sombres – et même un ange !

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