Le rideau des âmes en chaîne

..

Les cités lointaines, comme embrasées, voguent vers l’océan.

La nuit presque morte retient son ultime souffle

Oubliant que chaque soir elle naîtra à nouveau.

Les lumières des grandes villes gardent saufs nos esquifs

Et dissimulent nos griffes sous un maquillage habile.

Sociables, ou moins sauvages, nous n’avons qu’une hâte,

Même si la puissance des artifices nous émerveille,

Quitter nos tenues d’apparat pour dérober

A l’air sa transparence

Au sol sa chaleur

A l’autre, tapi dans les bois sombres, sa liberté.

.

Le réverbère au petit jour cligne de l’œil

La neige en attendant d’être foulée parade

Dans nos rues inconnues sous leur nouvelle peau

Mais déjà le camion des éboueurs fracasse

Le silence et fournit du travail aux costauds.

Sur les vitres les yeux glissent tenus en laisse

Par le regard curieux des oisifs qui se lèvent

Et confondant le rêve et la réalité

Voient leur double cueillir des poissons blancs sur l’arbre

Dont une lourde branche insiste pour entrer

Secouer son plumage et se mettre à l’abri

Dans le coin le plus chaud de la pièce où ronronne

Sous son déguisement de chat l’extraterrestre

.

La pression soutenue

À grand peine contenue

S’échappe bruyamment

De crânes entrouverts

Et se déversent  le long de corps

Immatériels et pourtant mobiles

La Lune songe à un brouillard d’une teinte inédite

Les chouettes referment leurs yeux plus ronds que jamais

Choquées par l’extravagance des notes

Qui recouvrent leur ululement bien timide

Le vent désarçonné court en tous sens

La nuit qui se voulait noire se réfugie sous les oreillers

Encore tièdes de chambres désertées

.

Vu du ciel,

On prend l’hélico pour filmer

D’en haut

La longue procession des hommes

Dans la boue glacée

Au seuil de mirages enclavés

La pellicule tourne

Au-dessus des têtes courbées

Les enfants muets accrochent le fil

D’un barbelé

Je me demande à quoi pense

Le rideau des âmes en chaîne

Sans brouillage, sans mauvais sort, les martiens de la semaine m’ont transmis leurs messages. Je vous les livre avec les noms de leurs auteurs.

Élisa, 4Z2A84, Éclaircie, Phoenixs

Je remercie Phoenixs pour le titre et nous tous pour l’élaboration du « 4ème de couverture ».

8 replies on “Le rideau des âmes en chaîne”

  1. Éclaircie dit :

    Un PPV paru presque avant d’avoir été écrit. Mais avec la brillance habituelle, ou plutôt le brio, l’action se déroulant de nuit, plutôt sur le matin, juste avant que le ciel ne nous livre sa vision des âmes en chaîne. (à noter que sans hélicoptère, la pellicule revient vierge de tout signe, les yeux restent en laisse, et nous en tenue d’apparat aux côtés de chouettes endormies)

  2. phoenixs dit :

    Je trouve que tout  » s’enchaîne  » dans ce « Zephe » de nuit humaine; pas sûre que les chouettes éblouies et les branches têtues ne nous donnent la réponse quant à notre disgrâce.
    Heureusement qu’il reste des Martiens pour nous parler au-delà des trous noirs…

  3. 4Z2A84 dit :

    Un courant – électrique ? – circule en effet de l’un à l’autre de ces textes. Même si l’on a assez souvent l’impression (pour notre plus grande joie) de sauter du coq à l’âne voire de l’âne au coq, tout s’exécute avec l’allégresse et la grâce déployées par les poissons volants lorsque portés par leurs ailes ils nagent vers la lune. A qui soutient que seul le printemps inspire, opposons ce bouquet de poèmes d’automne riche en couleurs, ces voix dont la fraîcheur ranime l’enfance.

  4. Elisa-R dit :

    Je reste sans voix, heureusement vous avez dit pour moi ce que m’inspire ce ZEPHE : la nuit qui s’achève, le tout qui s’enchaîne, le coq, l’âne et même les martiens ! Une lecture ne suffit pas, c’est certain !
    Merci à vous trois pour cet incomparable plaisir hebdomadaire.

  5. Elisa-R dit :

    Je reviens : « émotion », voilà le mot qui voletait autour de moi sans que je puisse le saisir ! Émotion donc, mieux que « plaisir ».

    Et puis j’ai oublié de parler du titre : jolie trouvaille, pleine de promesses en titre, charmante réponse en dernier vers. D’autant qu’elle s’enroule dans une question !

    Je ne promets pas que je ne reviendrai pas (je ne connais pas l’avenir) mais je vais essayer. Essayer de marcher silencieusement autour de nos mots comme je le fais chaque semaine…

  6. phoenixs dit :

    A relire sans doute sur la pointe des étoiles…

  7. Éclaircie dit :

    Relu entre 2 h 59 et 2 h 15, ne me demandez pas où je me trouvais à 2 h 58 ou encore à 2 h 16, sans doute sur une branche de tilleul, cueillant quelques étoiles sous l’oreiller de l’heure fantôme.

  8. Elisa-R dit :

    Ah oui, cette nuit offrait une heure de lecture supplémentaire et une entrée gratuite au pays de l’étrange. J’espère que la cueillette a été bonne, les étoiles seront nécessaires pour faire face à l’hiver.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.