Le long voyage des lettres vers Mars,

Il ne pleut plus depuis que nous fermons les yeux
Cette pluie illusoire ne trouble pas l’étang
Ni aucune des flaques dans lesquelles les enfants jouent
Peut-être manquerons-nous de larmes
Pour pleurer ce qui mériterait au moins une averse
Quand le monde s’achèvera comme un film
Avec les trois lettres du mot fin gravées dans l’écorce terrestre
Personne ne le lira
Aussi resterons-nous allongés
Sous nos draps pour ne rien voir
Ne rien croire ne rien éprouver
Ne rien entendre – surtout pas les appels au secours –

****

Plus je me tiens loin
Plus les secousses poussent
Pouce
On ne joue plus en joue
Tire tire dans le mille
De paille.
Plus je me tiens loin
Plus la vague léonine
Vient mordre un voyage inerte
Qui me tient secouée.
Le je parmi les hommes
Ne vaut pas les sensations promises
Par le manège.

****

Les nuages remplacent les oiseaux
À grandes envolées ils tentent de rallier
Les feuilles à leur cause
S’ingéniant à dénuder les forêts
Et tandis que les têtes sur les oreillers
Repoussent l’instant de plonger dans la réalité
Les pages blanches s’empilent sur les pages blanches
La parole s’est égarée comme miettes au vent
Quand les graines enfouies hésitent à boire
Entrevoyant les épreuves sans connaître la gloire
Le silence transporte le souffle faible
Et les fenêtres se nimbent de buée bien avant l’entrée du jour

****

Finalement tout a cédé sous le poids de l’eau
Qui s’évadait des yeux presque révulsés et
Sur les quais de toutes les gares de Mars jusqu’à la lune
Il se murmure qu’un bruit étranger a commencé une course
Que certains disent sans fin quand d’autres blasés
Prétendent qu’il a sombré dans l’envers d’une voûte
Faisant naître d’un feu mort des étincelles en grand nombre.
Ici, l’automne s’embrase et les fenêtres frileuses
Lorsque la nuit invite le froid au festin des noctambules
Ferment doucement leurs paupières délicatement fardées

Voilà, le facteur a fini par déposer son courrier sur mes nuages, que soient remerciés dans l’ordre : 4Z à l’adresse, bibi, Eclaircie pour le timbre et Elisa pour avoir glissé l’enveloppe dans la sacoche du vent.

4 replies on “Le long voyage des lettres vers Mars,”

  1. Phoenixs dit :

    On a fini par retrouver les lettres et les mettre dans l’ordre, l’eau n’a pas détrempé le papier même si elle pousse les limites.
    Il reste des oiseaux, de coquettes fenêtres sur lesquels s’appuyer pour ne pas être emportés par les vagues qui nous couchent.

  2. Elisa-R dit :

    Peu de vent ces derniers jours pour amener le courrier à la bonne adresse. Mais comme l’attente est récompensée : les instantanés contant « Le long voyage des lettres vers Mars » nous comblent merveilleusement !

  3. Éclaircie dit :

    Un PPV sur orbite après quelques déboires.
    Mais il est vrai que Mars est si loin et tellement convoité que je ne suis pas surprise que la pluie y ait cessé, que le voyage soit inerte, que feuilles et pages blanches s’invitent aux fenêtres fardées.

  4. 4Z2A84 dit :

    Oui, par ces fenêtres frileuses aux paupières délicatement fardées nous découvrirons à l’œil nu ce qui se passe sur Mars où l’instant de plonger dans la réalité n’attire pas toutes les têtes. Le manège promet bien des sensations que l’homme est incapable de concevoir – l’homme, non – mais le martien ? L’un d’eux nous transmet, dans une enveloppe à peine timbrée et avec une lettre écrite à l’encre délébile (le texte est débile), sa photo : il n’est pas vert ! Mais une photo en noir et blanc ça trompe énormément, les daltoniens comme les autres.

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