Regards ou l’œil de la chaussure dans l’armoire à serrure

Dans mon œil prisonnier du trou d’une serrure
Le paysage se défait l’ombre grandit
Il me faut regarder en moi le soleil croître
Plus nébuleux que mon reflet au fond du puits
Je suis fait de lueurs et d’approximations
Que m’avez-vous donné d’où je n’ai su extraire
La quintessence amis morts de froid sous la terre
A défaut d’une fée un arbre se penchait
Sur mon berceau – je vis tous ses fruits exploser
Les oiseaux m’aveuglaient
Je tuai d’un regard l’un d’eux un goéland
Beaucoup plus tard on m’octroya un lierre
La mer prit sans lutter le pas sur sa barrière. 
*
Dans l’étang sur lequel il se penche
Deux reflets répondent à son regard
Sans qu’il ne reconnaisse vraiment
L’un ou l’autre
Et lorsque le souffle du vent
Trouble la surface étrangère
Quelques mots s’égrènent
Franchissant des lèvres invisibles
Aux sonorités pourtant proches
D’une voix qui l’accompagne
Maintenant depuis si longtemps
Qu’il l’a fait sienne
Sûr qu’un jour au détour d’un automne
Les masques et les feuilles tomberont
Lui révélant la trame de sa propre existence
*
Conjugaison impersonnelle,
 
J’avance avec mes chaussures pleines de gravier,
 tu boites en trébuchant dans les escaliers,
 il court comme un fou humide,
elle traine sa progéniture d’occupations en occupations plus ou moins ludiques mais cinglantes,
 nous haletons sous l’effort,
vous pissez à la raie de la raison,
ils, elles, on creusons les jours sans rien y trouver que la cendre de feux morts.
Ma vie s’effrite et je moule sa poussière.
Petit enfant sur la plage immense de mon devenir blanc.
Un soleil écrasant brûle mes yeux, crame ma rétine.
Je suis une vieille aveugle qui remplit son seau d’eau salée imbuvable.
Si je me regarde je te vois et me perds en tristesse.

*
Il faudrait que reviennent les souvenirs
Des dernières incandescences.
Mais qui aurait la force de revoir le corps desséché
De cette mort aux mains rouges
Assise sur la branche d’un noyer…
Le tumulte des soirs pendulaires parfumés de pétrole
Rend inaudibles les silences pesants
Qui étouffent les gémissements
De passants malchanceux égarés dans le temps.
Le tic tac sordide de nos têtes évidées
Ressemble à une gomme fatiguée
Sur la page d’un beau livre aux dorures effacées.

*
Un ZEPHE automnal psalmodié par quatre petits choristes appliqués : 4Z, Elaircie, Phoenixs et moi-même.

5 commentaires sur “Regards ou l’œil de la chaussure dans l’armoire à serrure”

  1. Elisa-R dit :

    Publier ce ZEPHE fut ma première préoccupation en revenant chez moi : il suffit de vous lire pour le comprendre !
    Chaque poème occupe une place entière dans l’armoire aux images qui me sert de cerveau.

  2. Phoenixs dit :

    Ces longs tics tacs d’amis sous terre, de goélands crevés, de mains rouges dans l’œil pâle de la serrure, ponctuent lentement l’avancée de la nuit sous le frémissement de nos regards intérieurs.
    4 voix rousses crépitent.

  3. Éclaircie dit :

    L’automne semble entraîner à l’introspection, mais aussi à une tristesse que chacun de nous 4 exprime selon l’angle de vue qui lui est personnel.
    Un PPV très révélateur de nos différents styles qui se retrouvent sur des bases communes.

  4. 4Z2A84 dit :

    « Petit enfant sur la plage immense de mon avenir blanc » : chacun de nous l’est un peu quel que soit son âge quand il jette sur l’écran ou sur la page les mots du poème. Chères amies ne seriez-vous pas des anges à qui des jaloux ont coupé les ailes ? Vous lire c’est planer.

  5. phoenixs dit :

    Heureusement que nous avons prévu des coussins sur le tapis persan pour 4Z et Elisa.
    Mais c’est vrai que les styles et les points de vue sont différents et pourtant le même regard.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.