Des années d’herbes sauvages,

N’écartez pas le ver de son fruit ni d’ailleurs
s’il mord c’est votre coeur qui souffre sous ses lèvres
L’avion se cherche un nid
mais ne trouvant pas d’arbre
à sa mesure il plonge
et traverse le marbre
Les gens vivent trop vieux pour garder en mémoire
le souvenir de l’eau dont ils turent la voix
Une porte s’entrouvre
et l’on revoit le jour
construire un édifice
auquel il met le feu.
Les toits lèchent les cieux où le nuage glisse
comme le long d’un drap le fer à repasser.

****
Le train ne trouve plus de gare
Seuls les rails s’offrent à la vue
Les voyageurs entre la joie et l’inquiétude
À travers les vitres voient défiler des paysages
Aussi quotidiens que nouveaux
Une lampe bleue sur un bureau de bois rouge
Juché à la cime d’un peuplier sous-marin
Le ruban rose d’une fillette espiègle
Retenant les nattes d’une frange d’écume
Et sur un immense tableau d’ardoises
Qui ne semble pas peser plus qu’une âme heureuse
Ces mots : « on a vu des falaises s’engouffrer
Dans un tunnel de glace depuis disparu à la vue du monde »
Dans les wagons une chaleur douce
Accompagne les paroles dans un langage inconnu

****
On aura beau fer le voyage s’épuise
Les bagages et les loups sont posés
Sur le marbre lézardé
Tous les bals que nous fréquentâmes ont perdu
Le sens de la valse
Nos temps écrasent les orteils
L’autre retient son souffle sous la douleur
On aura beau dire la parole s’amenuise
Entre les mauvais danseurs
Et le reste de l’orchestre qui nous menait à la baguette.
****
Le soir du ciel gribouillé comme une soie colorée
Les têtes consentent à quitter du regard les écrans lumineux
A se tourner vers les fées de la nuit.
Le vieil homme sur le pont ne verra rien
Les bords de son chapeau le protègent du désir
Coquille légère et déjà vide il vole cependant des secondes de répit.
Plus loin, dans la poche d’un voisin, une guerre chemine
Sournoise, elle avance en rampant dans les fosses d’autrefois.
Mais le ciel impatient vient d’éteindre la lumière
Il faut dormir

Dans ce jardin estival : au sécateur 4Z, à la binette Éclaircie, à la serpette bibi au ratissage Élisa, un signe à Héliomel qui poursuit son voyage entre les feuilles
Le titre est en partie inspiré par Élisa que je remercie.

4 réponses sur “Des années d’herbes sauvages,”

  1. Phoenixs dit :

    Voilà des rubans, des fées endormies, le souvenir de l’eau dans des têtes à trous, des rails de voyages, des lunes embaumées; en cette fin de saison qui fut torride, les feuilles se ramasseront à la pelle et les jardiniers en retard les brûleront avec joie.

  2. Elisa-R dit :

    Autant d’instantanés saisissant, sur le vif et avec art contrairement à la définition, le réel et l’imaginaire. Ce qui n’existe pas se trouve ici…

  3. Éclaircie dit :

    Les mots ricochent les uns sur les autres. Histoire avant de dormir, rythme pour une nouvelle valse, frange d’écume et souvenir de l’eau. Quelles belles « Années d’herbes sauvages ».

  4. 4Z2A84 dit :

    Des falaises s’engouffrent dans un tunnel de glace
    accompagnées par un orchestre qui mène à la baguette les fées de la nuit dont la baguette ne produit plus de pépites d’or.
    Ainsi échappent-elles – les falaises – au ciel impatient de voir le jour et au fer à repasser toujours à portée de main des filles espiègles (leurs cheveux dénattés se mêlent aux herbes sauvages).

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