LES ARBRES APPRENNENT A NAGER DANS LE LAC QUI LEUR SOURIT.

LE LAC SOURIT AUX ARBRES QUI APPRENNENT A NAGER.

*

Préambule

 

Au mois d’août, par une nuit jaune de pleine lune et seulement si le cratère de Séleucus est visible au bord du Propontide, munissez-vous d’un mortier de marbre de Carrare, puis avec un pilon d’électrum, broyez quelques graines mûres de cornouiller, incorporez  cinq feuilles  de mélisse fraîchement coupées. Quand la senteur de citron est nettement perceptible, filtrez plusieurs fois, laissez reposer une heure, Vous obtenez un Zephe qui fleurira tous les vendredis de chaque saison.

*

Arcs et spirales,

 

Puisque nous y voilà montons

Dans le train des heures

Du presqu’automne

Les hirondelles plient serviettes

Les cigales rangent leur cagoule

On attend la même chose en mieux

Des touristes.

Que nous soit rendue la grâce

De l’espace où nous pourrons coller

Tous nos petits mots sans importance

Dans la brèche du silence…

*

Vivre dans l’eau la colline en rêve :

Les arbres apprennent à nager

Les automobiles deviennent ces sous-marins

Déroutés le temps d’entendre le chant des fougères

Les passagers dans les habitacles

Chaussés de palmes jouent de leurs tubas

La lune plonge son halo délaissant la surface du lac

Resté seul avec la brume et quelques rides

Les vagues attirées par une position sédentaire

Choisissent le flanc Est

Falaises et gouffres enfin sur un pied d’égalité

Devisent de la pluie et du beau temps

Du cours des rivières perdues et du soleil

Solitaire depuis que pas une ombre ne marque plus son passage.

*

Le voyage un peu long se poursuit immobile.

Des montagnes rongées qui gémissent en silence, les entrailles offertes à l’été qui s’en moque. De hautes silhouettes aux têtes invisibles  le long de routes droites qui toutes se ressemblent

La mer, hors de portée. Désirable. Désirée. Derrière chaque repli de terre ou de roche.

Le lac nous sourit, une dernière fois, tandis que nous partons comme fuyant un brasier infernal.

Le petit carnet de route, tantôt rouge, tantôt noir, qui se rangeait jadis sagement dans le tiroir du rêve, a franchi les lignes bleues qui brisaient ses désirs et qui,  comme un mors trop serré, entretenaient sa furie jusqu’en l’eau calme de ses yeux.

*

…Et ce bruit de casserole

Qui fume du papier peint

C’est la grille qui se ferme

Quand le métro s’éteint

Ne plus entendre

La lancinante relance

L’exigence quotidienne

D’une lassante existence

 

Les quémandeurs d’herbe fraiche

Se heurtent aux barrières

Fixent les sommets

Mais descendent aux enfers

*

Nous recevrons la pluie s’il manque au ciel des tuiles

Une pluie douce quoique noire

Et qui s’efface en quelques coups d’éponge

Il reste un goût de faisandé au coin des lèvres

Le sang d’un agneau trop abîmé

Pour réussir son blanchiment et sa métamorphose

Il faut consolider le toit

Empêcher les étoiles de nous griffer

Tenir la lune à distance

Comme un malade éloigne un bol empoisonné

Dans lequel le lait est un piège

Et le sirop la mort déguisée en friandise.

*

Les auteurs :

 

Eclaircie,

Elisa,

Héliomel,

Phoenixs,

4Z.

*

5 réponses sur “LES ARBRES APPRENNENT A NAGER DANS LE LAC QUI LEUR SOURIT.”

  1. 4Z2A84 dit :

    Les textes de Michel Fauchon repris ici figurent dans le PPV du 23 Août 2013.
    Un riche PPV où l’esprit voyage de surprise en surprise. Certes on trouve de l’eau et tant mieux mais on y surprend aussi le métro, on y croise des touristes, on y suit du regard des hirondelles, on ouvre le tiroir du rêve, on offre à un mourant une décoction pour s’éteindre, bref on ne s’ennuie pas !

  2. Éclaircie dit :

    Le train des heures plonge dans la brèche du silence ou sur la colline désormais dans l’eau. Sans doute poursuit-il ce voyage immobile depuis le tiroir du rêve dans l’eau calme des yeux. Est-ce le train ou le métro, avec son bruit de casserole, qui disparaît sous la pluie noire ?
    Dans le mortier de marbre, lettres et mots connaissent les mille recettes de ces Zephe dédiés à Vénus par amour de la poésie.

  3. phoenixs dit :

    En voilà une virée ! Moitié tombée de la lune, moitié suspendue aux branches en apnée, moitié libérée des souterrains.
    La mort en ultime gâterie devra rester dans le bocal afin nos petites mains puissent continuer de tisser des rêves malgré toutes les fuites du toi, du moi et du nous…

  4. Elisa-R dit :

    Jamais recette n’a été aussi bien appliquée et réussie. Le temps n’a pas de prise puisqu’il n’existe pas…

  5. Elisa-R dit :

    Je viens, je reviens quand la fatigue se lasse de moi et je relis. Que dis-je ! j’apprends à nager avec les arbres. Et tout semble sourire.

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