Un poème de Jules Laforgue

Jules Laforgue

 

« La chanson du petit hypertrophique

 

C’est d’un’ maladie d’ cœur

Qu’est mort’, m’a dit l’ docteur,

Tir-lan-laire

Ma pauv’ mère;

Et que j’irai là-bas,

Fair’ dodo z’avec elle.

J’entends mon cœur qui bat,

C’est maman qui m’appelle!

 

On rit d’ moi dans les rues,

De mes min’s incongrues

La-i-tou!

D’enfant saoul;

Ah! Dieu! C’est qu’à chaqu’ pas

J’étouff’, moi, je chancelle!

J’entends mon cœur qui bat,

C’est maman qui m’appelle!

 

Aussi j’ vais par les champs

Sangloter aux couchants,

La-ri-rette!

C’est bien bête.

Mais le soleil, j’ sais pas,

M’ semble un cœur qui ruisselle!

J’entends mon cœur qui bat,

C’est maman qui m’appelle!

 

Ah! si la p’tit’ Gen’viève

Voulait d’ mon cœur qui s’ crève.

Pi-lou-i!

Ah, oui!

J’ suis jaune et triste, hélas!

Elle est ros’, gaie et belle!

J’entends mon cœur qui bat,

C’est maman qui m’appelle!

 

Non, tout l’ monde est méchant,

Hors le cœur des couchants,

Tir-lan-laire!

Et ma mère,

Et j’ veux aller là-bas

Fair’ dodo z’avec elle…

Mon cœur bat, bat, bat, bat…

Dis, Maman, tu m’appelles? »

 

Jules Laforgue

 

1ère publication:

Revue Blanche 1er août 1895

 

 

Une réponse

  1. Éclaircie dit :

    « Chanson » figure dans le titre, et l’on imagine ce texte sur une musique. Paradoxe du ton très gai et du propos plutôt triste.

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