Je vous imagine…

Les poèmes du matin ont l’odeur de la terre
Les lignes douces d’une figure d’enfant pâle
Ils gardent la mémoire des ombres
Qui s’éveillent la nuit
Quand le soleil a levé alentour les dernières inquiétudes
Ils ressemblent aux chansons des cigales à midi
Et aux champs de colza inondés de lumière
Petits soldats sans fusil assis sur nos épaules
Anges noirs diables blancs
Ils bercent nos soucis et réveillent nos âmes engourdies
***
Pour ne plus plonger les indécis
Dans d’interminables tergiversations
Les carrefours ont choisi de ne pas se croiser
Ou seulement au point de rencontre des parallèles
Ou dans l’océan quand les lames de fond
Ondulent à faire chavirer les poissons
Qui se moquent bien des lignes droites
Des sécantes et des intersections
Seulement occupés à lisser leurs écailles – rondes
Les plus étourdis des passants ont déjà doublé la lune
Et l’on attend de l’univers qu’il se courbe
Afin qu’ils reviennent et décrivent leur périple

****
Sur la plage presque au lever
Les ombres glissent du galet à l’eau
Papotant de vent depuis toujours
Que j’ai l’âge de mes artères
Ou celui de l’insolence perdue
Je les reconnais insinuées
Virgules au coin de la bouche
Bonnet sur le blanc chevelu
Et là, sournoise, murmure une voix aigre :
 » On se croirait au cimetière, et tu trempes
Parmi tes morts « .
***

Mort d’un écrivain.
.
Au-delà du silence il y a le bruit des feuilles de l’arbre quand le vent les berce.
A peine sortis des limbes nous l’entendîmes et, ne sachant à quoi l’attribuer, connûmes notre premier sentiment : l’angoisse.
Ouvrant les yeux sur le début d’un jour peu ensoleillé, le spectacle d’un ciel relativement terne ne troubla aucun d’entre nous.
La surprise intervint lorsqu’un oiseau traversa le cadre de la fenêtre.
Il fila comme une flèche.
Ignorant ce qu’était une flèche, n’en sachant pas davantage sur la vitesse de son déplacement dans l’espace où elle évolue, lancée par un arc à la corde plus ou moins tendue, nous décidâmes d’un commun accord d’interdire à l’auteur de ces lignes d’intervenir dans notre histoire : les faits succèderaient aux faits, donnant naissance aux impressions, aux émotions et aux sentiments, un point c’est tout.

Dans l’ordre d’apparition à l’écran de ce Zephe estival : Elisa, Eclaircie, bibi et 4Z.
Dans les coulisses : les mystères de vos mondes, et sur scène : l’interprétation de nos lectures entre les algues.
Pour Elisa : Le titre est inspiré de son imaginaire qui me prête plus de bienveillance que mon chapeau en contient 😉

4 réponses sur “Je vous imagine…”

  1. Phoenixs dit :

    Voilà, nous glissons entre les lames des océans, avec l’oiseau qui traverse les vitres sur le dos des petits anges changeants.
    Des voix accordées aux cigales et mieux encore aux lucioles de nos nuits pensives.

  2. 4Z2A84 dit :

    D’une bouche ornée de virgules qui n’étaient ni des parenthèses – ni des moustaches – s’échappa le murmure d’une voix. Alors j’entendis ces paroles étranges :
    Les poèmes du matin se souviennent des ombres suggérées par la nuit.
    Les lames représentent un danger pour le poisson occupé à lisser ses écailles.
    La suite de mémé dans les bégonias se fait attendre.
    …Et je m’endormis au son du tambour de l’averse.

  3. Éclaircie dit :

    Réveillez-vous ! Réveillez-vous ! Je suis sûre que Mémé ne tardera pas à venir !
    Les histoires ou les poèmes du matin se croisent parfois sur la lune ou sur la plage et comme le conteur, il faut vite repousser la petite voix aigre que l’on enverra visiter les ombres, l’univers. Il se trouvera toujours une surprenant oiseau pour surgir à nos fenêtres.

  4. Elisa-R dit :

    Phoenixs, le chapeau vous va si bien !
    Soir ou matin la lectrice ébahie sourit : J’ai voyagé si loin cette fois que je ne suis même pas certaine de pouvoir me retrouver un jour.

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