L’armée des glaçons

 

Le soleil en robe de chambre,

 

On a beau dire, les tongs ne sont plus

Ce qu’elles étaient

Les rues suent dessous dessus

Les vitrines glu devant derrière

On trébuche sur les pierres disjointes

Dégoulinantes de pas perdus

On a beau dire, les pieds sont pas

A pas sable

Dans l’immense étendue éventrée de nos marches

Ecrasantes…

*

On a forcé la serrure de mon coeur

et bu mon sang

les sentiments n’ont qu’une gourde vide

pour habitat dans une cage thoracique

dont les barreaux ne résistent pas aux voleurs

Je ne vois plus le ciel il se méfie de moi

et le jour m’apparaît comme un fruit des ténèbres

dans lequel vouloir mordre est voué à l’échec

je n’entends plus chuchoter l’eau

ni du coucou le gai refrain

ce que je touche est sans arêtes

les fleurs qui vendent leur parfum me font la gueule

car mon absence d’odorat les traumatise.

*

 

Le chat sur le siège rembourré miaule dans son sommeil

Dehors les brins d’herbe redressent la tête

Quêtant la moindre rosée parcimonieusement

Distribuée et que le vent s’emploie à boire

Avant le lever du soleil

Été des grandes tablées pour fêter la moisson

Le puits comblé n’en peut plus du poids des pierres

Au loin une onde rougeoyante évoque

Un océan de plaies un orage qui couve

Ou le feu dont on sait qu’il n’anéantit pas toujours

Le cœur des plaines les pentes des collines

On appelle l’eau comme un baume

Entre les bras du monde et sur les terres noires

*

Du bout des pieds nus dans leurs chaussures

Chercherons-nous à cueillir les vérités

Celles d’après plus petites et plus jeunes que les autres

Celles qui avancent le dos courbé comme les vieillards

Aux racines profondes des âmes plus que centenaires

Ou peut-être las de nous retenir aux herbes tendres

Lâcherons-nous la part d’espoir qui emplissait

Tout un côté de la main jusqu’au cœur même du monde

Pour la promesse d’une autre main que la nôtre

En coupe fraîche sous l’arrondi de nos crânes

Et d’un souffle apaisant sur la mémoire de nos erreurs

*

Une moisson chantée par Phoenixs, 4Z, Eclaircie et moi-même.

Merci à Eclaircie et à 4Z pour le titre.

4 réponses sur “L’armée des glaçons”

  1. Elisa-R dit :

    Grand avantage de celui qui publie : lire les trois autres en premier et tout cela sans glisser sur « les pierres disjointes dégoulinantes de pas perdus », sans trouver le vide dans la gourde aux ressources tues, sans oublier de se joindre à l’appel de  » l’eau comme un baume / Entre les bras du monde et sur les terres noires »…

  2. Éclaircie dit :

    Un titre dont on ne sait s’il est rafraîchissant ou funeste…
    Souffle apaisant-certes sur la mémoire de nos erreurs-, chat endormi-quand l’orage couve-, le chuchotis de l’eau-que l’on n’entend plus-, l’immense étendue-éventrée-

    Oui, bien sûr !
    mais :
    Une main sur l’arrondi de nos crânes et nos cœurs, nos marches, nos bras, nos âmes sont choyés par cette armée de mots.

  3. 4Z2A84 dit :

    Quand « les rues suent dessous dessus » on n’échappe pas aux glaçons dont l’armée fond avant d’atteindre ses cibles. Ainsi les jus de fruits se laissent boire sans désagrément pour les gorges sensibles. Ainsi la poésie puise dans l’attente de l’averse des raisons d’espérer.

  4. Phoenixs dit :

    Je n’oublie pas  » les océans de plaies « , les vérités cueillies du bout de nos pas pendant que les fleurs râlent de ne plus avoir nos nez dans le sein de leur corolle. Vive les mots qui cousent nos vies !

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