Le merle en haut du cerisier

Le merle en haut du cerisier,

 

Siffle en jetant ses  noyaux sur la tête des voleurs

De pain blanc

Ricane en pétant au ciel le rire de ses entrailles

Bleues

Observe silencieux les yeux flottants sur les eaux

Mortes

Se demande, se demande si le chant qui l’accompagne

Vaut encore signe de vie

Se gratte la tête et conclue l’âme noire que le soleil aura bien du mal

A pendre les cerises à ses oreilles bouchées…

*

Des cohortes de poissons

Manifestent bruyamment dans toutes les gares

Depuis que l’océan est parti rejoindre

Une voie que certains disent sans issue

Et des trains surchargés d’œufs et d’écailles

Parviennent à peine à gravir l’échelle des risques

Ou de valeur, pas plus que celle de meunier

Placée sur les rails quand les blés

Rouillés par l’inaction ont oublié l’idée de la farine

Les nageurs dans la mer ont depuis découvert

L’apesanteur et l’apnée sans aucun dommage

Pour les descendants de leurs branchies

Tandis que les ponts inutiles se jettent

Comme lest d’une nacelle lorgnant le point précis

Où la montgolfière usurpera enfin le rôle du soleil

 

*

Comment fait-on pour n’avoir plus mal

S’arracher le cœur ne mène à rien

 

Ni tendre la main aux androïdes

 

Même devant son miroir on se sent seul

 

On est heureux de ne pas ressembler à son reflet

 

Dans la flaque tous les visages se valent

 

Toutes les douleurs meurent sans mise en scène

 

Au spectacle n’assistent que des fauteuils vides

 

Dans lesquels s’enfoncèrent les hommes du passé

 

Pour de ces trônes donner l’ordre

 

De vivre dangereusement à des rêveurs

 

Quel est le remède contre la soif

 

Quand on est soi-même une eau fraîche

 

Comme une feuille de salade

 

Ou comme un déjeuner de neige.

*

A l’aveugle

Un autre trajet d’humains en chemise blanche

Verbes dodeliner et déambuler en tête

La main sur une hanche d’os ou de fer

Ils ouvrent la voie en soufflant dans un tuyau de cuivre

Pourquoi s’éloigner ainsi de la fraîcheur des sous-bois ?

Il se dit que certains s’égarent dans les rêves

Et qu’on ne les retrouve jamais.

Ici, le printemps désaltéré fredonne des mélodies acidulées

Tout en haut de l’aîné des cerisiers

Un merle siffle aimablement mon air favori.

*

Un merle en visite chez Phoenixs, Eclaircie, 4Z et chez moi ! Merci à Eclaircie de nous avoir recommandé ce charmant volatile. Merci Phoenixs, qui elle-même remercie Elaircie, pour le titre.

 

 

6 replies on “Le merle en haut du cerisier”

  1. Elisa-R dit :

    Merci à vous trois de m’avoir envoyé le dessin de l’oiseau et du fruit.
    J’ai particulièrement aimé l’ombre qui plane au-dessus de l’oiseau moqueur, la cohue des gares, l’eau fraîche en son miroir et l’amabilité de notre ami amateur de cerises.

  2. phoenixs dit :

    Quelques coquilles d’œufs dans une flaque de neige où rouillent des hanches en fer et des noyaux de cerise. Les douleurs silencieuses qui nous grignotent l’âme et tous ces rêves suspendus au-dessus du vide auraient bien besoin qu’un merle moqueur leur sourit…

  3. Éclaircie dit :

    Ha ! Ha ! le soleil aux oreilles bouchées, je les voyais bouclées…surtout lorsque le sort d’usurpé lui échoit, interdit d’assister au déjeuner de neige pour ne pas plomber l’ambiance ; la voie sans issue ne l’était pas, bien sûr, c’est celle qu’empruntent les rêveurs, et si on ne les retrouve pas, nous sommes 4 à les côtoyer sans jamais nous lasser.

  4. 4Z2A84 dit :

    Oiseaux, androïdes et nageurs à tout crin se donnent rendez-vous sur le cerisier. C’est d’une montgolfière ensoleillée que l’on observe leur rassemblement. Cependant, à l’abri des sous-bois frais, les verbes dodeliner et déambuler songent avec appréhension à l’échelle du meunier confondue avec des rails ! Heureusement les eaux
    mortes
    roulent sans mise en scène
    vers leur destination :
    un éclatant poème éclaté…

  5. Brindille dit :

    A côté du merle c’est la meilleure place, tout en haut sous le ciel ..bleu, surtout que les poissons d’argent commencent à envahir les rivages azur de la côte chaudement ensoleillée…
    Bref, j’ai adoré ! MERCI et je retourne à mon hamac pour en rêver

  6. phoenixs dit :

    Brindille a bien raison de retourner dans son hamac loin des sardines bruyantes qui s’arrêtent dans leur boîte huilée 😉
    Un bonjour de Nice à Nice

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