Poèmes d’Edmond Vandercammen.

Poèmes d’Edmond Vandercammen.

 

« Du côté de la mer

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Nous regardions du côté de la mer

Les cheveux légers rêveurs d’infini,

Indocile galop dans un matin

Promis aux convergences des mouettes.

Nous descendions, émigrants sans bagages,

Aux profondeurs des lointains souvenirs ;

L’espace était complice de nos yeux,

Mais l’horizon cachait tous les navires

Et nous pensions qu’il s’étendait pour nous trahir.

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Nous étions seuls avec le temps de faire

En nous-mêmes d’impossibles voyages. »

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« Rôle de la boue

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La boue n’est pas déshéritée

En cette ornière qui l’enfante ;

Ni déchéance ni mensonge,

Ni tristesse ni imposture.
Lorsqu’elle accueille votre pas,

C’est par refus d’une poussière

Où vous auriez perdu la trace

D’une amoureuse rêverie.

Ni sacrilège ni dédain,

Rien que souci d’obéissance

A la mémoire de la pluie

Qui fut délire de l’orage.

N’accusez pas le vieux chemin

Qui vous conduit au souvenir ;

L’instant n’est pas enseveli

Si votre marche a reconnu

La certitude de l’argile.

Mais les passants de la méprise,

Que sauront-ils de cette boue

Empreinte en son humilité

Du poids terrestre de leur corps ? »

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« Edition du matin

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Chaque blessure affame un autre crime

Chaque parole allume son bûcher

De haine. Et les otages du matin

Portent la nuit sur leurs épaules nues.

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Tous les oiseaux chanteurs quittent l’aurore

Pour regagner leurs forêts calcinées ;

Ils ont destin du dernier cri des morts,

Leur vol est un mouchoir couleur de sang.

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Prends le journal du régnant aujourd’hui :

Vois-tu saigner le marbre et la machine ?

L’encre des mots entraîne ton regard

Vers l’arme la plus sûre du malheur.

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Chaque nouvelle te sépare de toi-même. »

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Edmond Vandercammen – « Le jour est provisoire » (1966)

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3 réponses sur “Poèmes d’Edmond Vandercammen.”

  1. Elisa-R dit :

    J’aime beaucoup ces trois poèmes, la voix qui les prononce.

  2. 4Z2A84 dit :

    Wikipédia :
    « Edmond Vandercammen (1901-1980) est né Ohain, en Belgique en 1901. Instituteur et professeur de français, il étudie ensuite à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles de 1921 à 1924. Il participe activement à l’avant-garde belge durant une quinzaine d’année. Pendant les années 1920, il expose à Paris avec son ami Pierre-Louis Flouquet à la Galerie Povolovsky. En 1927 il expose à Paris avec Constantin Brancusi. Il participe en 1929 à l’Exposition d’Art Abstrait. Il collabore à la Revue 7 Arts avec d’autres artistes tels que Magritte et fonde avec Flouquet, le Journal des Poètes en 1930. Il s’intérresse à la poésie hispanique et traduira par la suite les œuvres de nombreux poètes comme Manuel Maples Arce, Fernando Paz Castillo, Narciso de Andrade, Lope de Vega, Pablo Neruda et Garcia Lorca. Il a revu plusieurs de livres de poètes espagnols comme Los encuentros, de Vicente Aleixandre, Amor solo, de Gerardo Diego, La madre, de Ramón de Garciasol et Conjugación poética del Greco, de Juan Antonio Villacañas: « Livres espagnols », Le Journal des Poètes, 1959. Il abandonne la peinture à la fin des années 1930 pour se consacrer à la poésie, mais refuse de publier pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est élu membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en 19521. Il remporte le Grand Prix International de poésie en 1977. »

  3. Philippe Meilhac dit :

    Quelle belle découverte pour moi que ces poèmes!

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