A propos de Tomas Tranströmer décédé le 26 mars 2015.

Tomas Tranströmer (15 avril 1931- 26 mars 2015)

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Juste après la guerre, Tomas Tranströmer fit la découverte du surréalisme à travers une anthologie de poèmes surréalistes réalisée par Ekelöf, et celle de la poésie contemporaine
française grâce à l’anthologie 19 poètes modernes français d’Erik Lindegren et Ilmar Laaban. Ses premiers poèmes se firent remarquer par l’usage original de la métaphore, tout en étant très ouverts au milieu naturel. C’est cette conjonction d’une écriture volontiers onirique et d’une attention accordée aux choses les plus simples qui surprend à la lecture de sa poésie. Comme le remarque lui-même Tranströmer : « En fait, je n’invente jamais rien. Et je ne mens jamais à propos de l’environnement du poème. »

C’est un fait que chaque poème de Tranströmer est fortement situé. Ce qui n’empêche pas le sentiment que peut avoir le lecteur d’être toujours dans un espace inédit, parfois imaginé. Le fait que les lieux soient parfois nombreux (le poète a beaucoup voyagé) donne l’impression que les différents espaces et temps se télescopent ou se répondent.

Il faut aussi citer un passage de la brillante étude de Renaud Ego dans le volume poésie / Gallimard, étude intitulée « Le parti pris des situations de Tomas Tranströmer » :

« En 1926, Werner Heisenberg a défini sous le titre de « Principe d’incertitude » un théorème majeur de la physique quantique : en substance, il expliquait qu’on ne peut connaître simultanément la position et la trajectoire d’une particule ; en effet, pour mesurer la position d’une particule, il faut l’éclairer, et ce faisant, l’énergie même infime dégagée par les photons lumineux modifie sa trajectoire. La portée de ce théorème est immense, car il démontre que l’observation crée la réalité. […] Ce « flou quantique » – que l’on nommerait mieux, appliqué à la réalité macroscopique, « incertitude mentale » -, Tomas Tranströmer en a l’intuition lorsqu’il se décrit lui-même en 1989, soit à cinquante-huit ans, comme « Un espace de temps / de quelques minutes de long / de cinquante-huit ans de large ». […] Mais il tire aussi les conséquences de cette incertitude : si le réel surgit seulement dans le miroir d’une subjectivité qui se métamorphose elle-même, alors le monde objectif cesse. Seules demeurent possibles des situations transitoires, celles où la rencontre instantanée de l’être avec le monde redéfinit toujours les conditions de leur dialogue. »

Il se produit ainsi sans cesse une « métamorphose dont le poème est la forme », chaque poème exprimant des circonstances précises, forcément instables, dans lesquelles, à un moment donné, une rencontre entre l’homme et son environnement a lieu. »

 

4 réponses sur “A propos de Tomas Tranströmer décédé le 26 mars 2015.”

  1. Éclaircie dit :

    Intéressant, merci.
    J’ai fouiné dans les recoins du net et sur le site « Liminaire », j’ai trouvé des poèmes de Tomas Tranströmer.
    Une découverte pour moi, et d’après cette lecture, un univers qui me plait.

    Je ne résiste pas à l’envie de partager un de ses poème :
    FACE À FACE

    En février, la vie était à l’arrêt.
    Les oiseaux volaient à contrecœur et l’âme
    raclait le paysage comme un bateau
    se frotte au ponton où on l’a amarré.

    Les arbres avaient tourné le dos de ce côté.
    L’épaisseur de la neige se mesurait aux herbes mortes.
    Les traces de pas vieillissaient sur les congères.
    Et sous une bâche, le verbe s’étiolait.

    Un jour, quelque chose s’approcha de la fenêtre.
    Le travail s’arrêta, je levai le regard.
    Les couleurs irradiaient. Tout se retournait.
    Nous bondîmes l’un vers l’autre, le sol et moi.

    Ciel à moitié achevé (1962)

  2. Éclaircie dit :

    Oupss, « un de ses poèmeS » bien sûr.

    Tu me permets aussi de découvrir Renaud Ego, poète lui aussi.

  3. Elisa-R dit :

    Comme Eclaircie je découvre ici un auteur et son univers poétique.
    ( La physique quantique est une drôle de chose mais, finalement, la vie aussi.)

    Merci à toi, 4Z, pour cet hommage à double usage (rendre hommage et nous cultiver).
    Merci à toi, Eclaircie, pour avoir choisi ce poème de lui qui me séduit également.

  4. 4Z2A84 dit :

    Merci Eclaircie.
    Je connais à peine l’œuvre de Tranströmer dont je n’avais lu que deux poèmes. Avec celui que tu nous offres cela fera trois. Des trois c’est d’ailleurs celui que je préfère. J’ignorais aussi que Renaud Ego fût poète. Lorsque Tranströmer recut le prix Nobel, Gallimard dans sa fameuse collection, fit paraître son œuvre. J’ai feuilleté ce livre mais n’ayant pas eu le « coup de foudre », je ne l’ai pas acheté.
    Le texte d’Ego, malgré le fait que je reste loin de le comprendre, me fait rêver. Sans doute fait-il l’objet de la préface aux poésies de Tranströmer dans le recueil en question.
    Ai-je tort de me tenir à distance des traductions en poésie ? Il doit exister de belles surprises. J’en ai rencontrées. La plus belle fut Poe adapté par Mallarmé, deux immenses poètes.

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