POEMES DE TOURSKY

 

Poèmes de Toursky.

**

*

« Avons-nous sous la peau

de la graisse, des veines ?

Apprenez-le : des litres

et des litres de peur !

.

Un bêlement de porte

suffit à libérer

la froide retenue

dont un être est le sac.

.

Un souvenir, un cri,

et le voici livide,

gluant, habillé d’eau

comme avant la naissance.

**

*

Dans une cour de ferme,

je fleuris de fraîcheur

la table de bois gris

où mangent les valets.

.

Je fus comme eux aux vignes

pour acheter mon droit

de tirer l’eau sans être

aboyé par le chien.

.

J’ai mon couteau : j’en taille

un monument de pain

à l’amitié des hommes

qui m’ont permis de vivre. »

**

*

« Le regain des orages

ne ramena point d’êtres.

Et depuis, ça clapote

sur la parfaite boue

.

des commencements. L’eau

cherche des mots, essaye

de former une bouche,

voudrait dire, nommer…

.

L’espoir est dans le cercle

dont chaque goutte anime

la surface. Voici

l’ébauche du Langage. »

**

*

Toursky (1917-1970).

 

2 réponses sur “POEMES DE TOURSKY”

  1. 4Z2A84 dit :

    Wikipédia :
    « Alexandre Toursky (dit également « Axel »), est un poète français né à Cannes (Alpes-Maritimes) le 30 décembre 1917, d’une mère provençale, modiste de son état, et d’un père russe, qui la quitte quelques mois après sa naissance.

    C’est ainsi qu’il résumait lui-même ses années de formation dans une lettre à Joë Bousquet de 1942 : « Mon enfance et mon adolescence ont connu des deux cents jours de lit par an. Je puis dire qu’en bronchites, asthmes et fièvres, je connais mes draps par cœur. Au terme d’une instruction secondaire plate comme la Beauce, j’allais embrasser une carrière scientifique — la chimie était mon dada — quand une maladie un peu plus grave que les autres est venue m’apprendre à la fois ma force et ma faiblesse. Alors il a commencé une vie désordonnée, pleine de soleil et de nuit, sur la côte, et que je vous raconterai un jour. J’ai fait du sport, j’ai sculpté, gravé, peint, dessiné et écrit. Jamais de musique cependant. Aujourd’hui encore, j’ignore cette langue. Assez rapidement, l’écriture et le dessin — passons le pléonasme — devaient se dégager. La rencontre de Jean Royère me fut décisive. Un homme venait de m’apprendre que l’art, dans son essence, était fondé non sur l’entendement mais sur la vie, et que la poésie était le langage et rythme du langage ! »

    Rédacteur en chef d’un hebdomadaire pour la jeunesse, il s’est tourné très tôt vers la poésie, s’y consacrant de manière assidue. Il n’a que vingt ans lorsqu’il publie Enfance, son premier recueil. Toursky fut également un membre très actif du comité de rédaction des Cahiers du Sud.

    Poète du réel et de l’amour qu’il exprime en vers dépouillés, excluant toute forme de grandiloquence,

    Alexandre Toursky s’est éteint en 1970 à Marseille après un terrible accident d’automobile, qui l’a mené de comas en opérations successives pendant plus de deux mois d’hôpital. Il meurt à 53 ans le 26 mai 1970. Cet accident survenu au petit matin du 16 mars, a évoqué pour tous ses amis, ce vers prémonitoire d’un de ses poèmes : « Ma destinée s’achève à l’aube ».

    Joë Bousquet lui écrivait dans les années 1940 : « De tous les poètes, vous êtes celui dont je voudrais avoir tout l’œuvre dans le cœur. » « 

  2. Éclaircie dit :

    Celui que je préfère des trois est le dernier.

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