Chœur de printemps

 

 

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Les réverbères tentent de repousser le jour

Pour le plaisir de n’être pas seulement

Des troncs froids et noirs

Que mêmes les chiens boudent

Ils sont déjà parvenus à chasser les plus jeunes étoiles

Et lorgnent la lune avec un air d’envie

Tandis que le soleil n’use pas même

De lance-pierres ou de fronde

Sûr de son pouvoir comme de son éclat

Alors parfois les réverbères

Chuchotent la nuit et chantent comme sirènes

Pour attirer le passant parti trop vite sur un océan sombre

.

 

Un peu entre les deux

Oeil et chemise plutôt sanguine

Comme un filet de liquide sombre ou même clair

La fatigue se déverse

Au dedans, en dehors cela dépend des soirs

Hier la forteresse dessinait une à une

Ses pierres blanches au bout du regard

Ce matin on ne distingue que des arbres

Résistant au printemps ou peut-être aux derniers froids

Et puis il y a encore ce chat

Qui repu de caresses se pare de plumes noires

Et se pose joyeux sur les dents d’une tour.

.

 

Sur la piste des belettes,

 

A la queue leu leu nous suivons nos derrières

Croyant être devant nez en l’air

Cul au vent

Quand l’une pète l’autre éternue

Quand l’une meurt l’autre rit

Nous sommes des amies toutes dents dehors

Précaution bien utile en telle compagnie

Nous gagnerons, c’est sûr, un jour l’autre rive

Et celle qui nous menait tombera la première

Tandis que la dernière fera beau demi-tour…

.

Tu es passé à côté de toi

 

Sans te voir

 

Ou sans te reconnaître

 

A force de rêver

 

Tu es devenu cet autre

 

Auquel tout le monde finit par ressembler

 

Même ceux à qui leurs ailes

 

Font croire qu’ils sont des anges

 

Même ceux dont le bout des doigts

 

Effleure parfois l’insaisissable

 

Seule ta carte d’identité

 

Te permet d’exister.

*

 

 

 

Une mélodie fredonnée par Eclaircie, moi-même, Phoenixs et 4Z, dans cet ordre exactement.

4 réponses sur “Chœur de printemps”

  1. phoenixs dit :

    En voilà un vol de chat avec pour toute identité l’arbre planté sur une tour dont on doute fort qu’elle soit fille d’un ange…
    Une chorale dans l’air du temps avec des timbres différents portés par la même voix.
    Une réussite !

  2. 4Z2A84 dit :

    Ce chat paré de plumes noires
    connaît-il cet autre chat singulier rencontré par Alice ?
    Pour répondre, gagnons l’Autre Rive
    en suivant nos derrières,
    et sans nous arrêter devant des réverbères
    que les chiens boudent.

  3. Elisa-R dit :

    A crayonner ces images !

    La lune, idéale d’un réverbère ; une file qui commence ou se termine en « beau demi-tour », quelques doigts qui, presque, effleurent « l’insaisissable »…

    J’aime la douceur de l’ensemble, apparente ou sous-jacente, je ne sais pas encore.

  4. Éclaircie dit :

    Comment écrire ce que ces poèmes m’évoquent ?
    Le chat devient-il oiseau ? les premières seront-elles les dernières ? Qui est ce toi, ce moi ? Est-ce ce passant perdu dans le sombre ?
    Le printemps et le poète transforment forteresse en arbre, l’Autre Rive devient accessible, cet inconnu en notre miroir atteint l’insaisissable…et la Lune sera toujours notre guide

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