Se taire pendant la traversée des nuages,

Les feux ne changent pas de couleur

Le rouge interdit la traversée

Jamais nous n’atteindrons l’autre côté

On repousse ainsi sa mort

Jusqu’à ne plus la reconnaître

Dans les yeux des autres

La barque flotte

Bercée par les battements du cœur

Le lac s’endort le sable coule en secret

On ignore à qui appartient la voix

Que l’on entend sans prêter l’oreille

Peut-être faut-il se taire

Pour donner naissance à la parole

***

La mégère a ses nerfs
Comme d’autres leur vapeur
Les machines par exemple
Ou les voix mécaniques
La mégère griffe les murs
En se disant que cela ne sert à rien
Comme cache misère il y a mieux
Ou moins.
Elle se rend compte que l’addition est surtaxée
Qu’on l’a volée tout ce temps passé au comptoir
A liquider des compotes amères
Oui mais voilà, il faut payer
Et quand elle fouille ses poches
Elle n’entend plus que le bruit sec de sa monnaie
De singe …

***

Il arrive les mains vides
Trop ouvertes pour retenir le sable
Bras ballants inutiles
Qui ne soutiennent pas même la thèse du néant
Son pas mécanique l’éloigne du vivant
De ces yeux s’échappent pourtant un éclair
Et ses lèvres s’entrouvrent sur l’espérance d’un son
Dont le vent s’empare pour l’offrir à la nuit
À l’instant où la lune par son rayonnement
Étreint le lac où se dessine une danse vibrante
***

Les jours de peu de mots il arrive de rêver
D’une balade noire et blanche
A l’abri du jour, sous un parajour aux baleines fraîches ;
D’un amour noctambule
Qui caresserait le cuir de nos bottines en fermant les yeux
flatterait le flanc de deux chevaux blancs
Et ferait rimer « amour » avec « toujours » ;
D’une place en corbeille
Pour n’être plus qu’une rose au parfum enivrant ;
D’une corde tendue au-dessus de nos cœurs ;
D’un théâtre sonore adouci de velours …

Dans l’ordre des passagers en ciel : 4Z, bibi ,Ecaircie, Elisa

5 réponses sur “Se taire pendant la traversée des nuages,”

  1. Phoenixs dit :

    Quand on prend un vol nuageux il faut s’attendre à croiser des passagers aux mains de sable qui rêvent à la fois de se terre et de s’envoler sous le ballet nocturne d’une lune crevée mais vaillante, il faut s’attendre aussi à les voir plus vivants que morts, songeurs et affamés despoirs denses où vivre s’accorde harmonieusement avec libre…
    Ces petits bouts de fin de semaine mériteraient un recueil rassembleur du  » écrire ensemble « .

  2. Phoenixs dit :

    Pourquoi pas « despoir » dans le fond parfait contraire du désespoir 😉
    Sinon pour les puristes  » d’espoirs  » reste valable.

  3. Elisa-R dit :

    La « thèse du néant », « l’addition surtaxée », « on repousse ainsi sa mort »…Trois exemples des trésors qui grouillent dans ces rencontres du vendredi.

    C’est une bonne idée un recueil, nous pourrions l’appeler « Despoirs et autres contraires »…

  4. Éclaircie dit :

    Ajoutons le parajour et le théâtre sonore sans oublier son velours…

    « un recueil rassembleur du » écrire ensemble « . »….et que dire des commentaires. Perles ajoutées aux trésors déposés.

  5. 4Z2A84 dit :

    La mégère à la fois derrière et devant le comptoir
    soutient la thèse du néant au lieu de boire.
    Quand elle compte ses sous ailleurs
    en salopette ou en tailleur
    on ne la cherche pas parmi
    les lacs les étangs et les golfes endormis
    ni dans un théâtre sonore adouci de velours
    où les somnambules font entre deux actes l’amour.

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