À la table des rivières

Table d’hiver,

Nappe froissées, miettes sèches

Gercent la table sans décor

Hivernal s’allonge le rêche

Jour d’un maigre corps

Pourtant, au loin, perceptible

Le nouvel élan s’amorce

Sensible

En force

Et si rien ne bouge

De l’instant sur l’esquif

J’allume en douce le rouge

Contour du récif

Sous le bleu de l’étoile polaire

Qui jamais ne prend froid…

 

Un jour s’éveille.

Pensées légères sur le dos d’un oiseau.

Puis les battements, lourds, de songes sombres

Tout près.

Morte dans la nuit une femme s’éveille au son agressif d’un réveil

Vivante chaque matin qui se décompose

A chaque lever de l’obscure heure des rêves.

Riche de vies imaginaires un homme -suis-je encore un homme ?-

Assemble les pièces de son corps morcelé

Le plaque le long d’une colonne vertébrale métallique

La main tendue il mendie

Quelques heures, quelques mois… une vie.

Ailleurs, paupières closes.

Les yeux ouverts le monde passe sans le voir.

Une ombre noire plane à basse altitude.

Un nouveau jour s’éveille.

 

Au cou de la licorne

On accroche parfois un ruban bleu

Qu’au galop elle sème dans le vent

Et lorsque ses sabots sur le pavé des villes

Sonnent et résonnent comme un clocher englouti

Le passant attardé sait que le rêve l’envahit

Il peut garder les yeux grand-ouverts

Compter sur ses doigts les moutons de passage

Ou réciter les psaumes depuis si longtemps oubliés

Les murs jamais ne sont d’obstacles infranchissables

Au vol des papillons ni à la course des enfants

Pour chevaucher l’image dans un livre entrevue

 

Où prends-tu ta source ?

Là où meurt le rayon de la lune ;

Son agonie produit mon impulsion.

Je traverse sans anicroche les jardins,

Je brille dans les prés comme l’herbe à l’aurore,

Et la rosée m’y donne sa bénédiction ;

Je me faufile entre les arbres,

J’évite les rochers hargneux.

Et comment fais-tu lorsqu’un homme

Se met en travers de ta route ?

Je n’ai pas de route ;

Je suis une rivière qui n’avale rien.

 

Les auteurs :

Dans un ordre aléatoire :

4Z, Élisa, Phoenixs, Éclaircie

 

7 réponses sur “À la table des rivières”

  1. Éclaircie dit :

    Cette « colonne vertébrale métallique » est terrible (j’ai de suite pensé au tableau de Frida Khalo), contrebalancée par la douceur du bleu : celui de l’étoile polaire et du ruban dans le vent.
    Tandis que la mort du rayon de lune donne naissance à la rivière, le jour se lève, les rêves hantent encore les imaginations et nous attendons ce nouvel élan.

  2. Elisa-R dit :

    Le printemps, les yeux ouverts qui ne voient pas, les licornes qui ouvrent les regards et la rivière qui, peut-être, chante plus loin ce qu’elle voit ici.

  3. phoenixs dit :

    J’aime bien le ruban au cou de la licorne, la rivière qui passe sans retenue, l’être qui meurt et se réveille vidé de questions sans réponses avec encore et toujours ce besoin de vivre même s’il rêve…

  4. Toni Cervantes Martinez dit :

    …le talent dans tous ces mots qui font revivre les temps de l’homme attaché à la terre aux respirations d’éternels

    le titre replace en ma mémoire le cours chargé de l’histoire de « La Mine » de ma rivière de gosse, …
    ***************

    L a Bouble

    (Au Tournant dans le pré)

    Berges en éveil, humides de rosée céleste,
    Vous résonnez des pas du bambin dévêtu,
    Bretelles échappées, des culottes et emplettes,
    Retombées jusqu’aux pieds souples et éperdus.

    La candeur du matin, au repli d’une crique,
    Bordant, entre les fleurs, le méandre enchanté,
    Me conta le couplet de l’elfe angélique,
    Qui sautillait jadis entre joncs embaumés.

    L’image du bonheur flotte aux voiles de la brume,
    Teintée du rose amour de l’œillet recourbé,
    Sa candeur réfléchie au miroir de la lune,
    Auguste, recueillie en la quiétude d’été.

    Les arbres décharnés, dépouillés de leur feuilles,
    Etiraient leurs ramures dénudées haut les airs,
    La peau des écorces ténues bruissait au seuil,
    Des élans des courants de la brise, si chers

    Aux oiseaux !

    Au cœur de cette nature coule La Bouble aux eaux jadis chargées des poussières du charbon de la Mine, berceau de mon enfance

    Février 2002….Toni Cervantès Martinez

  5. 4Z2A84 dit :

    Encore un magnifique « Plusieurs Voix » avec un titre alléchant. A l’homme qui mendie une vie on offre le bleu d’une étoile polaire qui jamais ne prend froid, au rayon agonisant de la lune on fait entendre le son des sabots d’une licorne sur le pavé des villes…

  6. 4Z2A84 dit :

    L’elfe angélique est la produit de la candeur du matin comme le succube celui des ténèbres.

  7. 4Z2A84 dit :

    LE produit et non LA produit, évidemment ! Ah, étourderie !

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