Les mains des fleuves

 

 

On se méfie du fleuve a-t-il  l’air d’un tonneau

De loin ressemble-t-il à l’oie dont la blancheur

Fait fondre sans un feu de cheminée la neige

Le fleuve n’est jamais autre chose qu’un leurre

Il dort seul dans son lit si prolixe en lueurs

La montagne se tait quand les sapins soupirent

On marche devant soi pour emboutir son ombre

Et l’on montre le dos au soleil comme au jour

Où les yeux retournés regardent l’intérieur

De l’homme fabriqué dans des usines saines

Construites par des ingénieurs au masque dur

Le fleuve il faut siffler pour lui fournir la force

A laquelle ses reins rebelles obéissent

On le boit dans un verre où nos vers l’ont servi

Il coule en vous comme un livre vers le cerveau

Or le bruit de déglutition lente exaspère.

 

Les anges brouillent les cartes et les images

Et les sourires s’affichent sur tous les murs

Tandis que les façades sont creusées de meurtrières

Derrière lesquelles des gardiens de l’illusion veillent

De grandes toiles sombres recouvrent les soleils

Les rivières rougies se jettent à l’océan

La pluie ne gardera pas trace de folie

 

Confusion sur la piste,

Ils ont mélangé les tickets au spectacle

Les uns payent gratis

Les autres salent l’addition

Le lion pelé s’ennuie

L’otarie grise chuinte

Comment expliquer aux enfants étonnés

Que les clowns sont morts ?

 

Un petit tas fumant

Dans un pays de sales gosses.

La liberté dans une main

L’univers de l’enfance dans l’autre.

Le sang du monde inonde les rigoles.

Au fond des cœurs

Un peu plus durs qu’autrefois

Des geysers salés déjouent l’indifférence.

Le matin venu

Debout

Sur le désarroi d’un peuple endormi

Un gamin dessine sur l’arrondi de son dos

Un zizi chatouillé par quelques drôles de poils.

Puis le gamin dévale à rebours les pentes du sommeil

Et éveille au monde la grandeur des âmes assoupies.

 

Par les mains et les voix de :

4Z, Éclaircie, Phoenixs, Élisa

4 réponses sur “Les mains des fleuves”

  1. Éclaircie dit :

    Partant du fleuve, à la couleur rouge, peut-être, nous assistons à un spectacle de cirque où les artistes s’évanouissent. Et nous confions alors aux enfants nos espoirs, nos sourires et des pluies bienfaisantes.

  2. Elisa R dit :

    Quels que soient les mots choisis, ils préservent un espace de silence pour les uns mystérieux pour les autres lumineux. Ici le bruit de l’eau, la musique nostalgique d’un cirque, le murmure bienfaisant de notre folie sur le front brûlant du souvenir créent à leur tour des silences, peuplés d’images.
    Et chaque matin, selon le poids des rêves de la nuit, trouvera ou non le chemin des silences.

  3. phoenixs dit :

    On ne peut que souhaiter aux Zephe d’ici et d’ailleurs d’emporter les  » masques durs des ingénieurs  » et de laisser aux fleuves le plaisir de couler dans nos vers…

  4. 4Z2A84 dit :

    Chacun suit son inspiration et c’est un plaisir de sauter du lit d’un fleuve sur la piste d’un cirque même privé de ses clowns, des pentes du sommeil sous les yeux des gardiens de l’illusion. Pour que l’univers de l’enfance reste à notre portée, les mains caressantes du fleuve auront pour devoir de le retenir coûte que coûte.

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