Sous le sabot d’une chaussure

Sous le sabot d’une chaussure,

Il y a le sable des mers condoléances

L’écharpe ceinte au front brimé

La voix en robe de feutre

Le parquet glissant

Le pourpre au visage

La flaque

La bougie

Tremblante

Plus dense que le chalumeau

Il y a

Il y aura

La marche toujours de l’homme debout

 

Les portes ne sont plus dans leur cadre – les vitres

Sifflent avant de se briser contre un obstacle

Le mur auquel l’esprit procure du béton

La chambre où nous rêvions de choyer des rivières

En leur cédant le lit l’armoire et les posters

De cette chambre ne subsiste qu’un morceau

De papier peint regardez-le mourir

Ecoutez l’eau déjà rouillée courir

Vers sa disparition dans la fosse commune

Ou dans l’énorme trou que la bombe a creusé

Mais les dormeurs dorment toujours – leur rêve

Les maintient au-dessus des terres triturées

Ils ne regardent plus autour d’eux – leurs paupières

Sont trop lourdes leurs yeux enflés leur front ailleurs

Un incessant flot d’étoiles nouvelles

Et dont les noms cachés nous écartent des cieux

Les traverse de part en part – pour les veilleurs

Le phénomène est à graver dans la mémoire

Collective avec tant d’autres billevesées.

Nous luttons armés de rubans contre l’oubli.

.

Une gueule de noyé sur paysage condamné

Rouge

Des auberges à vin blanc ou à triste amusement.

Le maintenant, présent sombre.

Ce petit visage clair des dormeurs éveillés déjà loin du matin.

Un pont. Rouge lui aussi, comme ces immenses forêts

Dépouillées pour l’humain des histoires murmurées à l’oreille du vent

Des contrées et des lunes. Des revenants sans doute aussi.

Le tout et le rien. La vague trop rapide, trop haute. Trop salée.

Et au bout de l’attente, laide comme la peur, une lumière

Comme un passage creusé peu à peu par des milliers d’ongles.

Et mes ongles qui poussent, font songer à nos morts, à ceux des autres

Et à ceux, oubliés, que personne ne réclame et qui attendent l’impossible.

Et la lumière, de plus en plus en plus forte, même sous la houle des ombres.

La gorge ouverte,  ce n’est plus le sang qui coule. Ce sont les mots…

.

Ils ont placé leur vie aux pieds de statues

Rouges et mouvantes dans l’ombre

Relèveront-ils la tête avant que la  nuit

Chasse les étoiles et devienne plus noire

Plus épaisse et illisible que toute trace d’encre

Faite de pleins et de déliés sur la portée du vent

On ne peut mentir aux arbres ni aux rivières

Eux seuls auront l’avenir qu’ils se construisent

Formant l’humus que la pluie transforme

En richesse pour la graine avenir

Tandis que les mains impuissantes perdent leurs forces

Noyées dans la fontaine des mots devenus inaudibles

.

les quatre voix réunies…

Phoenixs, Élisa, 4Z et moi pour laisser cette empreinte de la semaine…

 

Merci à Phoenixs pour le titre

5 réponses sur “Sous le sabot d’une chaussure”

  1. Elisa Romain dit :

    Je copie le tout pour être certaine de pouvoir le lire paisiblement, ce poème à plusieurs mains qui, déjà, me ravit.

  2. phoenixs dit :

     » On ne peut pas mentir aux arbres, aux rivières, aux vitres de lumière « .
    Merci à Marjolaine pour le titre enfant de lapsus.
    Merci à vous de continuer la chaine des mots, maillon bleu après maillon bleu pour repeindre le trop rouge de la plume.

  3. Elisa Romain dit :

    Deuxième sursaut d’internet et un constat après lecture : magnifique !

  4. Éclaircie dit :

    Un accent de gravité dans ce(s) texte(s). Mais toujours avec le brio des poètes qui permet de lui(leur) donner ce caractère intemporel.
    Une unité assez phénoménale. Un très bon PPV pour moi. D’autant plus qu’Élisa, tu as pu nous rejoindre.
    Phoenixs, j’aime beaucoup votre commentaire.

  5. 4Z2A84 dit :

    « On ne peut mentir aux arbres ni aux rivières »
    « La chambre où nous rêvions de choyer des rivières »
    « Le parquet glissant »
    qui annonce
    « La flaque »
    « La vague trop rapide, trop haute. Trop salée ».
    Beaucoup d’eau dans cette très belle suite de compositions.
    On y trouve aussi un pont : notre salut, quoique rouge.
    Les morts : leurs ongles s’allongent-ils pour nous griffer – comme, pour nous envelopper, leurs cheveux ?

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