Le monde en déshabillé rouge,

…Ainsi la terre est plate et nous nous retrouvons

Au bout. De cet endroit on saute dans le vide

Avec sa brosse à dents son colt et ses pantoufles

La chute en effet dure autant que la cuisson

D’un enfant quand la faim fait saliver un ogre.

En chemin nous croisons la lune et des étoiles

Dont plusieurs se croyant sur scène cabotinent

Mais nous fermons les yeux pour voir à l’intérieur

De notre viande le squelette et recompter

Les os car sur le sol on risque leur brisure

A moins d’y rebondir sans mal – un matelas

Nous recevant comme les bras d’un être cher

Dans lesquels on se jette en oubliant qu’ils savent

Etouffer à force d’étreintes chaleureuses.

***

Elle rôde en déshabillé de soie rouge
La jambe longue et le mollet galbé
Innocente elle sourit tandis que les deux mains dans le dos
Elle tient un couteau
Son œil unique et globuleux nous observe
Et nous traque sans répit jusqu’à la fermeture du dernier volet
Ses amants sont partout alentours
Herbes qui bougent ou ombres fugitives
Ils nous épient au nom de celle qu’ils aiment
***

Elle parle, moud l’air de ses lèvres sèches à l’autre
Invisible
Vitupère, consent, déclare peut-être
L’amour
Pris à l’oreillette devant la glace polie
Se tait
Le geste mécanique éventail l’ordinaire
Rompu
On hésite suspendu dans la vapeur
Moite
On ne sait plus quoi se veut le sens de qui…
***

Le reflet de la parole ne leur parvient
Que par intermittence
Des bribes de phrases et des lettres
Sans doute emportées par le vent
Errent avant de se déposer
Dans l’oreille d’un arbre attentif
Ou sur le tympan d’un rocher surpris d’entendre
Les plus lointaines se recueillent
Avant de plonger pour tapisser la nuit des grands fonds
Il leur faudra réinventer un alphabet
Dont tous les signes auront le même poids
La portée de leurs voix mêlées saura
Pareille à la musique ouvrir les sillons de champs fertiles

Dans la danse des regards : 4Z, Elisa, bibi et Eclaircie pour donner la mesure et une partie du titre…

3 replies on “Le monde en déshabillé rouge,”

  1. Phoenixs dit :

    L’espoir que les terres fertiles nourrissent les mots de bleus sans trop de bleus et tombées dans le vide.
    Que la pantoufle nous garde du couteau caché et des arêtes caillouteuses 😉

  2. Elisa-R dit :

    Pas de vide après lecture du ZEPHE de janvier, juste des bourgeons prometteurs au milieu de l’ hiver.

  3. 4Z2A84 dit :

    Le ou la même poète aurait pu écrire cette suite à l’écriture serrée. La relecture s’impose pour ne pas perdre une miette de cette nourriture à la fois terrestre et spirituelle que constitue ce mémorable PPV, lever de rideau de l’année 2015.

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