Sous les feuilles, arbre à quatre mains

                                                                          On  sans fou,

 

Ça manque un peu d’humanité là-bas ?

Je ne sais pas, j’habite ici

Dans mon igloo peau d’ours blanc

Roi des banquises assoiffées

Mon étoile polaire éclaire mes nuits adjacentes

Sous voûte plantaire.

Moi, j’aime la vie comme Proust les madeleines

C’est te dire si je ne ramasse jamais les miettes

Que tu laisses entre mes dents

Ecarlates…

.

Les feuilles amassées au coin de la terrasse

Songent avec ardeur à protéger le sol

Qu’elles imaginent nu si froid friable et triste

Quand les pierres pourraient raconter mille hivers

L’eau seule avec sa fougue parvient à les convaincre

D’être galet puis sable parfois même poussière

Mais avec des couleurs que jalousent les jours

Le peintre et le soleil lui qui ne sait qu’offrir

Ces éblouissements dont la lune se rit

Connaîtrez-vous jamais les teintes de ses nuits ?

Maîtresse des saisons des arbres et des flots

Elle fixe ses tableaux aux décors de nos vies

Ecrivons pour survivre

 

Ouvrons  nos poings

 

Les mots forment le livre

 

Dont l’esprit a besoin

 

S’il veut atteindre son étoile

 

Et lui faire rendre tout l’or

 

Que les soleils nous ont volé.

 

Comme on arrache une glande il suffit

 

De tirer vers soi le trésor

 

Tant pis si le sang l’éclabousse

 

Tant mieux pour ceux que leur cœur prive

 

De ce battement régulier

 

Auquel on s’habitue trop vite

 

En lui prêtant les qualités

 

Du moteur de l’éternité.

 

Les avaleurs de feu lévitent

 

Le sol s’efface sous leurs pieds.

.

 

Ils voyagent

Les deux pieds rivés au sol

Les paysages déroulent pour eux leurs matins gris

Leurs horizons embrasés de lueurs floues

Leurs lignes de bras immenses et blancs

Ils voyagent

Les sacoches emplies de mots

Ils oublient pour un temps cette solitude

Qui faisait d’eux des hommes tristes

Perdus au centre du brouhaha de l’humanité

Les traces de leurs pas imaginaires

Ne sont plus des lambeaux de chair

Mais une part de tout

Comme le vent et la pluie

Comme le jour et la nuit.

.

 

Un ZEPHE décoré par Béa, Eclaircie, 4Z et moi-même.

5 commentaires sur “Sous les feuilles, arbre à quatre mains”

  1. 4Z2A84 dit :

    Certains poètes voyagent tout en restant sur place :
    les rois des banquises assoiffées dans leur igloo
    le peintre parmi les teintes inouïes des nuits de pleine lune
    les avaleurs de feu un peu au-dessus du sol.
    Les décors de ce ZEPHE ne manquent pas de singularité. Aussi leurs créateurs méritent-ils les applaudissements de l’arbre à quatre mains – et les miens.

  2. Phoenixs dit :

    Les oubliés des fleurs arrachées à la tristesse, pleins de mots dans les nuages au bout du monde.
    Le vacarme du monde éreinté.
    Mais le grand silence cathédrale de ce tout petit espace qu’est poésie fertile si rempli de battements d’ailes.

  3. Éclaircie dit :

    Zephe, un bouquet de graines déposé en sol fertile, une étoile dans l’igloo, des traces de pas dans l’éternité, de la folie débordant de sagesse, un livre empli de battements…Un monde fantastique que nous jalouse le soleil.

  4. Éclaircie dit :

    Et…j’adore le titre

  5. Elisa Romain dit :

    Pardon pour la mise en page !

    J’ai découvert vos mots en les publiant, m’interdisant de les lire avant qu’ils soient ici, dans leur écrin fertile : quel ravissement alors !

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