Point d’Ancrage

 

Les gratte-ciels se balancent

Au gré du vent ce sont les maîtres mâts de la ville

Sur eux s’appuient pour reprendre haleine nos élus

Nous naviguons sur un océan anesthésié

D’où paraît-il la faune nous observe

A travers une épaisseur considérable

De verre – ici le verre tient toute la place

Et c’est un plaisir de caresser sans gant sa surface

Si lisse qu’elle transmet comme une sensation de pureté

A des créatures fabriquées en usine

Quand elles ne naissent pas avec des cris fameux d’une femme

On ne distingue plus les unes des autres

Leurs yeux à toutes offrent les mêmes profondeurs

Dans chacune sommeille un puits

Dont le couvercle ôté l’eau s’évapore…

 

Il lui semble qu’un point porte atteinte à l’horizon

C’est un tout petit point sombre qui tourne

Personne d’autre que lui ne le voit car lui il a le temps

Les autres courent les plumes collées au corps

La cravate si serrée qu’elle devient goulet d’étranglement

Lui ne porte que l’apparence des choses

Il se vêt uniquement d’ombres et de mouvements

Ainsi débarrassé de toute entrave il n’existe plus

Trop flou et trop mouvant pour que les globes en circulation

Puissent percevoir autre chose qu’un léger courant d’air

 

La rivière ne s’écoule plus

Et les bulles d’eau

Endormies sur les galets

Savent qu’elles ne peuvent rien attendre

Du vent, du jour ou de la nuit.

Une main insensible au froid

Une silhouette curieuse des profondeurs

Mais aussi des vagues et des ondes

De ce silence ouaté ne laissant filtrer

Que des battements déjà assourdis

Seraient-elles le signe de la liberté ?

Les bulles d’eau  alors noyées au cœur de l’océan

Mêleront leurs couleurs aux souvenirs de vase.

 

La compagnie des zommes,

Depuis qu’il nous fréquente mon chien préfère

Sa gamelle

Son eau ses croquettes

Jacquette la chienne des voisins

Isabelle la pie arpenteuse de gazons délaissés

Verteuil le rat palmiste

Et, à bien y regarder, à bien entendre

Je l’envie d’avoir autant de raisons

De vivre sans nous…

 

En compagnie de :

Élisa, Phoenixs, 4Z et Éclaircie

4 réponses sur “Point d’Ancrage”

  1. Éclaircie dit :

    Un point, du verre, de l’eau toujours de l’eau, quelques animaux, ombres et mouvements : univers où la poésie sait pouvoir respirer.

  2. Elisa Romain dit :

    Cette merveilleuse saison qui nous livre à l’obscurité mêle ici son souffle au nôtre car, étrangement, la nuit avive les sens et aiguise les lames de la lucidité.

    J’aime beaucoup ce « Point d’ancrage ».

  3. phoenixs dit :

    Derrière la glace, sous le lisse des apparences, les plumes collées, les créatures informes et pourtant clonées arpentent nos solitudes en étoiles.
    Dans  » point d’ancrage  » il y a point…

  4. 4Z2A84 dit :

    L’Etrange est au centre des trois premiers textes; le quatrième nous délivre des paradis et enfers privés pour nous y replonger aussitôt avec son humour misanthrope et grinçant. A l’extérieur comme à l’intérieur le talent s’affirme pour un lecteur qui même privé d’ailes souhaite décoller.

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