Un poème de Nadia Tuéni

« EN MONTAGNE LIBANAISE

Se souvenir – du bruit du clair de lune,
lorsque la nuit d’été se cogne à la montagne,
et que traîne le vent,
dans la bouche rocheuse des Monts Liban.
Se souvenir – d’un village escarpé,
posé comme une larme au bord d’une paupière;
on y rencontre un grenadier,
et des fleurs plus sonores
qu’un clavier.

Se souvenir – de la vigne sous le figuier,
des chênes gercés que Septembre abreuve,
des fontaines et des muletiers,
du soleil dissous dans les eaux du fleuve.

Se souvenir – du basilic et du pommier,
du sirop de mûres et des amandiers.

Alors chaque fille était hirondelle,
ses yeux remuaient, comme une nacelle,
sur un bâton du coudrier.

Se souvenir – de l’ermite et du chevrier,
des sentiers qui mènent au bout du nuage,
du chant de l’Islam, des châteaux croisés,
et des cloches folles, du mois de juillet.

Se souvenir – de chacun, de tous,
du conteur, du mage, et du boulanger,
des mots de la fête, de ceux des orages,
de la mer qui brille comme une médaille,
dans le paysage.

Se souvenir – d’un souvenir d’enfant,
d’un secret royaume qui avait notre âge;
nous ne savions pas lire les présages,
dans ces oiseaux morts au fond de leurs cages,
sur les Monts Liban. »

.

Nadia Tuéni.

(Kobrusly Nabila)

3 réponses sur “Un poème de Nadia Tuéni”

  1. 4Z2A84 dit :

    Nadia Tuéni

    WIKIPEDIA

    « Nadia Tuéni est une poétesse libanaise d’expression française née à Baakline au Liban en 1935 et morte à Beyrouth en 1983.

    Fille d’un diplomate et écrivain de religion druze, et d’une mère française, elle était bilingue et se réclamait ainsi naturellement de deux cultures. Elle se destina d’abord au barreau et s’inscrivit à la faculté de droit de l’université Saint-Joseph de Beyrouth, mais interrompit ses études quand elle épousa, en 1954, Ghassan Tuéni, journaliste et député de Beyrouth, qui fut plus tard ambassadeur du Liban à l’ONU de 1977 à 1982.

    Ils eurent deux garçons, Gébrane, journaliste qui fut assassiné le 12 décembre 2005 à Beyrouth et Makram, disparu dans un accident automobile et une fille, Nayla, dont la mort à l’âge de sept ans d’un cancer affecta profondément Nadia Tuéni et l’amena à la composition de son premier recueil, Les Textes blonds, paru en 1963. En 1965, Nadia Tuéni est atteinte elle aussi d’un cancer. En 1967, elle devient rédactrice littéraire au journal libanais de langue française, Le Jour, et collabore à diverses publications arabes et françaises.

    Prix de l’Académie française (1973). »

  2. Éclaircie dit :

    Une écriture des plus délicates. Très belle évocation de cette « Montagne Libanaise » où les drames ne sont pas loin.

  3. Elisa Romain dit :

    Je ne peux que me rallier au commentaire d’Eclaircie quant à l’écriture de Nadia Tuéni. En plus de la délicatesse, il y a, dans cette écriture, une sorte d’audace qui m’étonne et me ravit.

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