Un poème de Léon-Gabriel Gros.

Un poème de Léon-Gabriel Gros.

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« Maison d’enfance.

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Je vous appelle dans le jour sans couleur,

Dans la fausse chaleur en deçà de mes vitres

Quand l’hiver est laineux comme tige de mauve

Répondrez-vous fidèlement, ô mon enfance

Avec votre regard voilé par l’herbe folle,

Vos doigts jongleurs de galets et de perles ?

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Les insectes martyrisés qui se convulsent

Sur le balcon poudré de soleil et d’aiguilles,

Bourdonnent en mourant. La sève au goût d’essence

Se mêle aux mûres noires sur tes lèvres

Comme pour te noyer dans l’hiver transparent.

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Ainsi mes bien-aimés et moi-même jouant

Tandis que l’on dressait la table de Noël,

Ainsi mes animaux amis des hautes herbes

Et vous sarments tordus brûlant avec douleur

Vous étiez dans la paix familière déjà

Marqués d’une auréole destructrice

Si en avance sur votre mort que votre image

Pourtant réelle était déjà un souvenir. »

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Léon-Gabriel Gros : « Corps glorieux » (1945).

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3 replies on “Un poème de Léon-Gabriel Gros.”

  1. 4Z2A84 dit :

    Léon-Gabriel Gros (1905-1985) fut aussi de 1924 à 1962 un critique avisé et prophétique, découvreur de ses pairs, dans « Les Cahiers du Sud ». Son « Œuvre Poétique Complet » a été édité en 1986 sous le titre « Expériences à la portée de tous ».

  2. Éclaircie dit :

    Des alexandrins blancs, une tendresse à l’évocation de cette maison-enfance, une belle précision dans les détails et tout au long du poème, la violence en filigrane, la mort qui attend.
    Merci du partage.

  3. Elisa R dit :

    Lire un poème comme celui-ci, quelle meilleure façon de commencer une journée ?

    Merci 4Z de me permettre de découvrir ce poète, et d’accéder à la poésie.

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