L’homme dans les nuages

 

 

C’est un matin comme les autres qu’il est parti

A cloche pied au bout du chemin désert

Tout le monde dormait sous l’épouvantail

Il lui fut donc aisé de prendre la poudre d’escampette

Sans se retourner

C’était l’aboutissement d’une longue route acérée

La dernière borne d’un parcours d’épines et de ronces

Le chant ultime d’un esprit chagrin

Qui l’envoyaient sans recommandé se poster ailleurs

Sur la fine enveloppe des nuages sans destinataire…

 

Je ne t’ai pas donné tout ce que je t’avais promis :

Un jardin sur l’océan apaisé,

Le clin d’œil de la lune après des siècles de morosité,

De voir tes fantômes flotter, ton pinceau les saisir,

L’espoir de diriger un orchestre dans un volcan,

Une gare où l’on n’attend pas, un pont élancé,

Du silence en sachet, de la neige au four,

Une fin de vie à l’ombre d’un arbre trop âgé

Pour admettre qu’un jour viendra

Où feuilles oiseaux couleurs et courants d’air l’oublieront.

Je t’avais promis un pas vers la source,

Vers la fontaine dont on entend le rire avant de s’y rafraîchir,

Or toute l’eau s’est évaporée,

A peine avons-nous retenu une mèche de cheveux…

Vois comme leur blancheur annonce notre apothéose.

 

J’entends courir les nuages

Bruyantes cavalcades

Martèlement de roues cerclées de fer

D’un char qui dévaleraient les chemins pierreux

Tiré par des hommes en sabots

Avec la hâte de rentrer avant que la colline

Disparaisse derrière les rideaux de notes

Graves ou aiguës de scribes soucieux

De plaire au ciel

Aux vagues aux marées et océans

Depuis qu’ils déchiffrent le silence

Tracé sur les feuilles avant leur chute

 

La tête à l’appui, une preuve entre les mains

Quelqu’un frappe le bureau d’un geste las

Et la musique s’arrête !

Les pompiers du ciel en débardeur se prennent pour des marins.

Un sourire complice s’esquive, au dernier moment.

Un œil contemple l’ensemble du spectacle.

Il s’est ouvert comme une fleur au fond d’un puits

Un pauvre puits sauvage qui contourne ce qui vit ou ce qui parle

Condamné à fuir, jusqu’au désert peut-être où, déçu

Il comprendra en me voyant que l’endroit est habité

 

Avec la complicité de :

Élisa, Phoenixs, 4Z et Éclaircie

Merci à Phoenixs pour le titre

Pensée pour Héliomel

5 replies on “L’homme dans les nuages”

  1. 4Z2A84 dit :

    Au mois d’août 2014, en France, l’inspiration était au rendez-vous des poètes. Par contre, le soleil ne se montrait toujours pas (ou si peu…)… Rimbaud aurait-il eu raison d’écrire du poète qu’il vole le feu ?

  2. phoenixs dit :

    On ne se donne pas tout ce que l’on promet, quelquefois l’on ne promet rien, les roues cerclées sur les ponts élancés emportent le voyage fou des hommes sans ciel. Les notes dévalent nos partitions en pente qui ne chantent pas grand chose sous la pluie…
    Une pensée à Héliomel et ses étoiles

  3. Elisa-R dit :

    Les promesses sont dans les nuages et si nous tournons vers eux notre regard nous finirons par apercevoir le soleil…Quel beau vendredi !

  4. Éclaircie dit :

    Une toile toute en nuances, avec des personnages flous ou très distincts, les deux à la fois même.
    La poudre des chemins dessine des paysages, promis ? rêvés ? habités ? Tout à la fois, une fleur au fond d’un puits, un épouvantail sûrement bienveillant, un volcan mélomane, des sabots aux résonances uniques.

    Le soleil sera jaloux, viendra-t-il imposer sa suprématie ? Nous boudera-t-il, les collines, les toits et nous ?
    Si le « poète vole le feu », nous nous offrons de bien belles pages…

  5. Elisa R dit :

    Cet « homme dans les nuages » me fait rêver…Je me tiens un peu à l’écart et vous fait un aveu : vos écritures me plaisent énormément.

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