Des éclairs à l’aube entrouverte

Poème à cinq voix du 25 juillet 2014

 

Viens mon beau soleil noir

Que tu sois léger ou profond

Fais que l’eau de mes yeux

Se fige en cristal immobile

Toi mon vrai sommeil

Le gardien vigilant

De mes voyages insensés

Ouvre la fenêtre

Qu’il fasse chaud ou froid

On va partir tous les deux

On refera le monde

Jusqu’à l’aube entrouverte

 

La joie des escargots ne fera jamais oublier

Le bonheur d’un pied nu sur l’herbe sèche

Les prés arborent un blond doré

Et ne veulent en rien changer leur garde-robe

Les soubassements des bâtisses

Que la peur de s’effriter tenaille

De chuchotements en messes basses

Postillonnent salpêtre et champignons

Les parasols et chapeaux de paille ont fondu comme le soleil

Pris dans une scène de ménage entre un iceberg et la banquise

Que nous importe que le ciel invite tous les éclairs

Si dans le creux de nos cahiers pas une étincelle ne jaillit

 

Les délices de la mort,

Le temps posé à nos pieds

Ronronne

On dirait un animal apprivoisé

On dirait…

Au loin la vie festoie sur ses escarpins

L’éternel mariage des masques et des nudités

Invite le cortège à valser.

Il n’est pas de cri sans son chant

De souffle sans asphyxie

D’élan dans retenue

De foule sans tour d’ivoire.

Nous passons sans rien laisser

Sauf nos papiers gras

Nos bouteilles vides et nos rêves épuisés

Que nul ne ramassera.

Le temps posé à nos pieds ronronne

On dirait…

Presque…

 

La vue de tel paysage ne m’émeut plus

Les arbres distillent leur ennui

On s’habitue à la morphine

Comme à la neige autour de l’étable

Quand naît l’Enfant Jésus

J’enregistre les sursauts de l’orage

Sur pellicule pour éviter une sanction

L’oubli de la voix à laquelle nous obéissons

L’oubli de la vue des éclairs piégés

Allègent notre mémoire ce tonneau

D’un bois dont le nom glisse

Sur l’eau trop bavarde.

 

Mille voix au matin chantent au même moment mille chansons différentes

Le ciel impudique et rouge dévoile les dentelles fines de ses dessous

Au bout du jardin redevenu sauvage des montagnes de vagues

Réclament leur part d’héritage et se jettent furieuses contre ces portes

Qui n’existeront jamais

Chacun cherche un visage à tenir entre ses mains et une tête nouvelle

A poser sur ses épaules pour avancer de quelques heures

Quelques secondes peut-être

Sur le chemin embrasé qui outré se refuse aux désarmés

L’urgence aux lumières bleues inonde ce microcosme enclos

De stridences et de longs éclairs douloureux

Au centre du brouhaha dort suçant son pouce un  petit doudou très pâle.

 

Par les voix de :

4 Z Elisa Phoenixs Héliomel Eclaircie

 

4 réponses sur “Des éclairs à l’aube entrouverte”

  1. Elisa-R dit :

    Epoustouflant !

  2. 4Z2A84 dit :

    Superbe suite dans laquelle l’imagination de chacun ne cesse d’être à l’œuvre. Sur la banquise et les icebergs brûle un soleil noir. Celui de la mélancolie ? Non. Celui de l’espoir. Pour qu’un soleil soit noir il faut en effet que des soleils blancs, bleus et verts existent. Outré ou non le chemin s’ouvrira aux désarmés comme au(x) locataire(s) de la Tour d’Ivoire.

  3. phoenixs dit :

    Nous voilà pris dans ce cahier qui demande à quitter et la banquise et l’iceberg sur lesquels fondent les mots;lentement une fenêtre s’ouvre, on voit des dentelles, des messes basses et des mondes refaits qui portent un petit doux doux dans leurs mains sans écaille…

  4. Éclaircie dit :

    Rêve-t-on de dormir pour rêver ?
    De ces cinq voix émergent mille chants.
    Partant d’une note d’espoir, la chanson se décline en mélancolie teintée de très beaux éclairs.

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