L’oreille du sable

 

L’oreille du sable

ou

Crépuscule des anges,

 

Après avoir chaussé ses feuilles de rien

L’été prit ses quartiers divers

Sous la nuque épaisse du bouliste

Entre les seins de la nudiste ivre

Derrière les oreilles de l’écolier sauvage

Délivré des fenêtres sans cour

Sous les pages bleues du merle enchanté

Il siffla trois airs

Glissés çà et là sable herbe brise

Frissons du soir au couchant

Et finit par lever l’ancre pour se jeter dans l’oubli

En éventail…

 

Ensuite la plage et la mer ont disparu.

Il ne reste d’elles que cette couleur de la peau qu’elles seules pouvaient peindre.

Leurs secrets dans un coffre.

Le coffre sous le sable.

Le sable dispersé par le vent aux quatre coins des mondes.

Une fillette songeuse se tient debout et parfaitement immobile

Sur la tête d’une haute falaise aux pieds secs.

Toutes les deux cultivent un jardin virtuel composé de bourrasques fabuleuses, de blés couchés, de poèmes sauvages.

Quand elles ferment les yeux, on entend, dit-on, le bruit fou des vagues.

Dans sa main droite, l’enfant tient une corde à sauter.

Dans la main gauche, une poignée de sable blanc.

 

J’ignore à quelle heure les murs vident leurs poumons

Pourquoi la circulation du sang dans les tunnels se heurte à l’arrivée des trains en sens inverse

Pour ne pas être éclaboussés les voyageurs ferment leurs écoutilles

Je ne sais pas non plus quand les navires circulent sur des viaducs tissés à la main

Suis-je en retard de plusieurs milliers d’années ou ma rencontre avec Eve préfigure-t-elle la naissance d’une étincelle entre deux pierres frottées

Qui d’elle ou de moi survivra à un séjour prolongé dans un aquarium en automne sans la radio

Si vous me tendez un micro je répondrai même des questions moins sérieuses ne me démonteraient pas

J’inclinerai la tête pour que vous ayez sur mon cerveau une vue panoramique

Grâce au trou creusé dans mon crâne par une goutte d’eau incapable de refréner ses tendances suicidaires

Il vous suffira de jeter un coup d’œil pour sans délai assimiler le fonctionnement de la banquise

Sur laquelle j’ai dû m’installer avec mes meubles

En attendant l’arrivée du bus scolaire et des fées

Je ne pratique plus la médecine depuis la découverte de l’éternité

Dans un pot de fleurs

 

À gravir tous les étages

On pense atteindre le grenier

Qui pourtant de jour en jour

S’éloigne un peu plus

Replié sur des histoires

Qu’il ne veut pas partager

Il a même occulté l’œil de bœuf

Et toutes les lucarnes ouvertes sur le jour

C’est par une brèche entre la dernière marche

Et le point le plus pâle de l’aurore naissante

Qu’une main délicate pourra demain

Tracer la serrure et dessiner la clé

Sur la porte apparue comme un éclair l’été

 

Devinez qui est l’oreille droite, la gauche, le crépuscule et l’ange ?

Je vous aide : dans le désordre où seul Le Poète retrouve ses vers :

4Z, Élisa, Phoenixs, Héliomel (caché dans sa valise de retour), Éclaircie

Bon été, belle musique !

11 réponses sur “L’oreille du sable”

  1. Éclaircie dit :

    Un régal ! Merci à vous.

  2. Elisa-R dit :

    Première lecture en sortant de la nuit : il y a encore des étoiles sous le bleu du jour ?
    Encore une fois, la musique des mots joue son rôle, à merveille !

  3. phoenixs dit :

    Un tour de sable d

  4. Phoenixs dit :

    Un tour de sable dans les écoutilles, le vent dans la serrure, une banquise à la recherche de fées blanches, l’immortel dans un pot de fleurs; les mots sortis du coffre galopent sur l’immense plage de l’imaginaire allumé à plusieurs mains 😉

  5. 4Z2A84 dit :

    Ne manque-t-il pas un texte ? Je n’en compte que 4. Mais il est vrai que l’arithmétique et moi…
    Que l’œil de bœuf soit ou non occulté
    on trouve des viaducs tissés à la main
    sur la tête d’une falaise aux pieds secs
    ou sous les pages bleues du merle enchanté.
    .
    Quand délire verbal et poésie défendent la même cause : la liberté de forcer les portes.

  6. heliomel dit :

    je vous retrouve avec plaisir, des vacances sans poésie ne sont que des fleurs qui trop vite se fanent.
    Bravo pour vos écrits, j’ignore à quelle heure vident leurs poumons mais je sais l’heure à laquelle je dois arroser mes pauvres fleurs, ce soir entre lien et chou

  7. Éclaircie dit :

    Non, non, 4Z, tu comptes très bien, Héliomel n’avait pas défait les bagages…

  8. Josy dit :

    il y a toujours un sourire sur mon visage qui s accroche quand je vous lis!!!!

    bises d une passante..

  9. Éclaircie dit :

    Bonjour Passante Josy, c’est toujours avec le sourire que nous te voyons sur nos pages.
    Bise.

  10. oulRa dit :

    « Tu ne sais pas ce que tu vas écrire. Alors le voyage vers le poème, c’est ça : la distance entre ce que tu sais et ce que tu écris. »
    Juan Gelman

  11. Éclaircie dit :

    J’aime beaucoup la citation que tu nous offres,OulRa, en retour un de ses poèmes :
    « Savoir

    Le poème nage dans un vent et brille.
    Il ignore qui il est jusqu’à
    ce qu’on l’entraîne ici, où
    certainement il mourra
    à l’intempérie des fauves.
    J’aimerais comprendre les fauves
    pour comprendre le fauve qui est en moi.
    La réalité fait gémir avec des halètements de bête.
    Quelle grâce son souffle y a-t-il gagnée ?
    Aucune si ce n’est la perte.
    Sous la douceur crépite le doute.
    Dans ces mains. »
    Juan Gelman

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