Un rêve ?

…Et maintenant, laissez-moi vous raconter un de mes rêves. La dame du lac m’avait donné rendez-vous à huit heures du soir rue des Martyrs. Comme j’étais fermement décidé à m’y rendre en tilbury, et qu’il ne s’en trouve pas un dans la capitale, surtout en cette saison (c’était l’hiver), je pris la résolution de grimper sur le dos du premier passant venu. Une fois installé, je conduirais au trot ma monture…au trot si possible. J’utilisai d’abord une vieille femme sur laquelle je me serais tenu jusqu’à ma destination si la lenteur de son pas ne m’avait fait craindre d’arriver après l’heure dont nous étions convenus depuis toujours la dame du lac et moi. Aussi chassai-je la vieille avec des injures avant de me choisir une nouvelle monture parmi les attardés qui longeaient la rue de Clignancourt. J’avais bien remarqué un homme à forte carrure qui eût fait l’affaire, mais ne lui voyant qu’une oreille je me détournai de lui. Sur ce sujet en effet tous les manuels s’accordent : le porteur doit avoir ses deux oreilles, sinon pas moyen de le diriger. Un autre costaud se présenta, mais il paraissait aviné, et le temps me manquait pour faire des zigzags. Enfin d’une porte cochère surgit une femme. Une grosse. Sans attendre je la montai et nous atteignîmes ainsi le square d’Anvers où je crus voir, éclairés par un réverbère de style ancien, deux enfants se renvoyer un ballon. Comme nous approchions d’eux, quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’il ne s’agissait pas d’un ballon mais de la tête d’un autre enfant dont le reste du corps gisait tout près sur un banc de bois. Or j’étais trop pressé d’aller rejoindre la dame du lac rue des Martyrs pour perdre une minute auprès de ces galopins. Ma monture allait bon train et je me sentais heureux de vivre. Puis je remerciai la femme avec une tape sur les fesses, car nous étions arrivés à destination un peu avant l’heure prévue. Ainsi me restait-il le temps de fumer un dernier petit cigare.

5 réponses sur “Un rêve ?”

  1. Éclaircie dit :

    À qui appartient ce rêve ? À vous 4z ? je n’en serais pas étonnée. Outre le style fin 19ème siècle de l’écriture romantique, délicieuse, les péripéties de ce galant sont bien dans la veine de ce que votre imagination, en veille ou endormie sait offrir au lecteur gourmand.
    Cette « grosse » femme (pourquoi grosse, phantasme ?) que vous remerciez d’une tape sur les fesses, ah ! le coquin ! vous aura-t-elle mené à votre fin ?
    Cette Dame du Lac est-elle vêtue de noir ?

  2. Elisa-R dit :

    Eclaircie a dit tout ce qu’il y avait à dire et, justement, je raffole de cette écriture 19ème égayée de gourmandises façon 4Z.

    Voici donc un premier bonheur du vendredi après-midi.

  3. Phoenixs dit :

    Au galop 4Z, et que ça saute !

  4. 4Z2A84 dit :

    Selle-moi – pour ton confort.

  5. Kiproko dit :

    Se déjouant des impossibles rêves, 4Z le fou volant galope, agrippe la monture et vint souffler sa poésie bohème aux quatre vents des mots…
    Comment ne pas sauter la barrière pour flirter avec son imaginaire attractif ?

    Kiproko aspirée dans les airs

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