D’une fenêtre attentive

 

 

D’UNE FENETRE ATTENTIVE

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Les oiseaux dans les platanes,

 

Tu ne peux pas avoir oublié les longues jambes

Etendues ou posées à l’ombre nonchalante

Les visages juvéniles penchés dans l’air

Du soir

Rires et boire à petites gorgées les alcools

En perle

Le désir assoupi entre les mains encore vierges

De tout

Si belles de n’être pas usées par les rocailles

Tu ne peux pas avoir oublié le bavardage inconnu

Des oiseaux occupés au-dessus de vos têtes

A porter aujourd’hui les échos d’hier

Sans fin…

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Le puits jamais ne tarit

Si l’eau vient à manquer

La lune crée des reflets tels

Que le moindre seau plongé entre les pierres

Remonte une onde désaltérant

Le plus exigeant des assoiffés.

Au bord de la margelle

Un ou deux hérissons

Le poète noctambule et le vent

Guettent l’instant,

Souffle retenu,

De puiser le lait, le verbe, l’élan

Pour traverser la nuit, les yeux ouverts

Et peindre la toile où se révèle la lumière

Esquisse d’un monde mouvant,

Parcelle d’eux-mêmes et dont ils sont poussière et bribe.

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Les sirènes se perdent trompées par l’écho

Qui ne les reconnaît plus.

Un château de sable oublié sur la plage résiste

Aux assauts des vagues remises en liberté.

Le front du ciel se plisse.

La pluie viendra sans doute, plus tard, vêtue d’un crêpe léger.

La terre incline la tête comme si elle cherchait à entendre

Mais elle s’endort seulement, bercée par la longue plainte

Des sirènes qu’un filet emprisonne.

Une odeur de rouille précède l’arrivée au port d’un vieux bateau de pêche.

Bateau fantôme que plus personne n’attendait.

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N’écoutez pas l’harmonica

Restez sourde au son de la flûte

Bouchez-vous les oreilles quand le tambour vous somme

D’égorger le coq qu’il jalouse

Les lacs sont des zéros qui produisent des bulles

Le jour quand on le joue au billard s’assombrit

Sommes-nous des enfants perdus sur un damier

Quand le noir nourrit trop ses cases le blanc hurle

Chacun loue hors du champ de bataille un abri

Où roucoulera dans le calme son ramier…

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On entend le bruit de respiration de la gare. Les voyageurs sont entrés dans le grand hall bondé.

Ils ne sont pas assis que les dents des pavés des quais s’entrechoquent et que le train s’ébranle, secoué par les aiguillages, poussé par une langue de feu. Non loin se profile le tunnel sombre qui les attend pour les plonger vers une gorge aux parois de rochers pourpres parsemés de cascades intermittentes, laiteuses comme des glaires. Bien qu’ils prennent de la vitesse, ils sont rattrapés puis doublés par un fleuve méphitique qui semble assombrir le chemin de leurs rêves. Ils baignent dans une semi obscurité, certains entendent déjà le bruit de la mer. Ils ne se sont pas trompés, elle apparait, majestueuse et tentaculaire. Alors, les petits cubes de vache qui rit disparaissent lentement dans l’estomac.

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A leur clavier :

Eclaircie

Elisa

Phoenixs

4Z

et

Héliomel (en l’absence d’une composition inédite d’Héliomel, je me permets de publier un texte de lui que vous avez sans doute lu ici-même et daté du 5 août 2012).

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6 replies on “D’une fenêtre attentive”

  1. 4Z2A84 dit :

    Y n’y a rien à jeter dans ce PPV…C’est comme dans la poule (ou le cochon) aurait ajouté une nommée Cinéraire.

  2. 4Z2A84 dit :

    Les murs ont des oreilles
    la cheminée un nez
    la porte une mâchoire

    la fenêtre des yeux.

  3. 4Z2A84 dit :

    Ne tombez jamais au fond d’un puits,
    vous risqueriez d’y trouver le confort dont vous rêvez un œil fermé l’autre vert.
    Quand on les heurte de plein fouet les platanes assurent.
    Libérées les vagues abandonnent le crochet pour les jeux de dames.

  4. Éclaircie dit :

    Un beau quintet !
    J’aime le titre, j’aime les différents paragraphes…j’aime les auteurs…

    Une sensation de permanence se dégage, rassurante et protectrice, malgré quelques aspects un peu étranges sinon inquiétants.

  5. Elisa-R dit :

    On se lève un matin et la place vide est occupée par une fenêtre si attentive qu’elle peut s’ouvrir sur la mer,un lac, le fond d’un puits, le ciel ou le sombre d’un tunnel…

  6. phoenixs dit :

    Ce que je retiens ce sont les chants libres des châteaux qui résistent, le ressac des bateaux, malgré les vaches qui rient dans un estomac en accordéon, et puis l’élan qui nous revient quelquefois en regardant des jeunes le long d’une avenue, posés dans l’instant, un peu ennuyés de ne savoir quoi faire de leur mille devenirs au fond du seau…

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