Ecrire sur les pierres

 

Le soleil se pose sur la table

À portée de main

Deux bras se tendent

Les poings s’entrouvrent

Saisissent la sphère brûlante et lumineuse

La portent où la nuit n’a plus de raison d’être

Quand les ténèbres ne songent qu’au silence

Ainsi qu’à préserver un néant fertile

Loin des couleurs masquant la moindre parole

Le ciel vide hésite un instant

Et bascule dans la mer pour s’y fondre entre les verts et les bleus

.

Un jardin de ville pousse dans ses cheveux

Lui, sombre et sérieux, ignore tout de son existence.

Chaque jour plus furieux il se demande quel est le sens de ces sourires que lui adressent les passants. A-t-il émis le moindre désir ? Se mêle-t-il de leur vie ?

Il aime l’ombre, les gros nuages noirs qui annoncent les orages, le froid intense, les étés pluvieux…

Ces sourires ressemblent à des soleils, plus éblouissants de jour en jour. Plus proches à chaque fois.

Il ne ressent plus la fraîcheur qui lui était familière. Il ne sent plus le poids de son corps. La lumière le transforme en une sorte de silhouette légère. Trop légère.

Il entend des piaillements d’oiseaux durant le jour, des glissements inquiétants le soir venu.

Un jardin de ville pousse dans ses cheveux.

Cette nuit, tandis qu’il somnole, enlisé dans quelque cauchemar boueux, plusieurs longs bras feuillus se faufilent silencieux le long de sa colonne vertébrale…

 

.

Que n’en ai-je huit

S’impatiente le jongleur pour qui quatre bras sur un seul corps d’homme

Ne représentent pas une erreur de la nature

Ignorant la manie de tout compter la pieuvre se contente de ses tentacules

S’il en manque un tant pis pour elle

Tant mieux pour ses adversaires

Tant pis tant mieux on ne sait plus à qui appartient le jour

Ni de quoi sont fiers les lacs

D’inspirer les poètes ou de garder leur calme

Quand on marche sur leur vitre

Et qu’au même instant se dresse la musique

Tel un poteau télégraphique

Sur la lune

.

Le bal des furets,

Tout le monde s’est habillé de gris

Oreilles bien polies

Ongles rentrés sous peau

Poils brossés dans le sens

Interdit

Il est temps de chausser ses bottes

De grenouilles à sept lieues

Ses ailes d’escampette

Et son baluchon

D’esprit

Le bal des furets commence

Prends garde au tango noir

A la valse sombre des pendus

Au crochet des triples croches

Assourdies que d’autres avant toi prirent pour un bal populaire…

.

Les poulets aux hormones

Fleurent les phéromones

Avec un petit goût de chlore

Pour de l’or encore et encore

.

Une soucoupe, un carton

Posés sur le béton

Le musicien joue du trombone

Il ne souffle que du carbone

.

Plus qu’un péché véniel

Plus de sons plus de ciel

Les vagues de badauds

Ont les pieds dans l’eau

.

Pour happer les nuages

Une râpe à fromages

Et le ciel est radieux

Le ru coule, mélodieux

.

Les habitués n’auront aucun mal à reconnaître Eclaircie, Phoenixs, 4Z , Héliomel et moi-même sur ou sous les pierres, sans doute endormis au soleil et quelle que soit l’humeur de la météo.

Merci à 4Z pour le titre : il m’a semblé bien trop beau pour en chercher un autre.

 

5 réponses sur “Ecrire sur les pierres”

  1. Elisa-R dit :

    ZEPHE et moi ne pouvions attendre plus longtemps. Savez-vous que le temps n’est pas le même sans vous?

  2. phoenixs dit :

    Pendant qu’un jardin pousse dans les cheveux de la musique, les branches continuent de ramper sur les colonnes des poulets sans hormones amoureux de jongleurs à tentatives…Et mon S qui ne s’est jamais accouplé aux  » autres  » 😉
    Elisa reine d’internet, merci pour la publication des  » pierres  » à rêve.

  3. Éclaircie dit :

    Élisa, ton impatience me comble, bien sûr ! Oui, le temps nous appartient, nous cinq. Et si le sort se mêle d’en éloigner un ou une, il manque un bras au temps, ou une pierre au jardin, une balle au jongleur, l’eau du ru, une lieue aux bottes, une vertèbre végétale, la lune au soleil et le soleil à la lune.

    (on songe presque à découvrir un PPV en pleine semaine, un autre le samedi, c’est la semaine des 4 jeudis et des 3 dimanches !)

  4. heliomel dit :

    Un bon petit cru du jardin de ville au bal des furets, à lire a quatre bras.

  5. 4Z2A84 dit :

    Si le musicien ne souffle que du carbone
    à qui la faute ?
    au ciel à l’instant où il bascule dans la mer !
    car les poils brossés dans le sens interdit
    au même titre que le jardin accueilli par nos cheveux
    sont fiers comme des lacs.
    Ne perdez plus une seconde : dansez le tango noir !

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