Des flocons tombent sur la geôle du lézard

En une nuit les arbres ont brossé le tableau

Peaufiner les variations de vert

Ombrer les chemins pour ne laisser entrer

Que lapins, lézards ou promeneurs amoureux

La colline au matin paraît plus haute

Plus fière

Elle nargue le ciel et sa palette de bleus et de gris

Couleurs qui évoquent sagesse et sérénité

Mais aussi solitude et tristesse

Quand la verdure appelle l’espoir

La jeunesse, la liberté, l’optimisme

Et si les oiseaux inlassablement sillonnent l’azur

C’est au creux des branches qu’ils bâtissent leurs abris

Au couvert des bois qu’ils confient leurs petits et leurs rêves

.

Il ne neige plus sous verre mais les flocons chassés par l’hélice du ventilateur

Volètent au-dessus de la nappe de papier blanc découpé pour feindre l’insouciance des confettis…

S’illusionner sur la volonté du ciel à reverdir même privé de moteur

Ou laisser l’air citronné frais sapide insuffler le goût du pollen à ceux qui manquent d’appétit :

Si mes ailes noires me portent vers vous je changerai la couleur de vos pensées jolies nageuses aériennes.

Feuilles vivantes si pour souffler les joues vous manquent gonflez les miennes !

Soyons des gouttes d’eau brisons la lumière éclairons avec des bouches arrondies notre cité !…

Surtout dans un éloge de la pluie la pluie sans lendemain insistons sur sa frivolité

Car dans chaque ruisseau qu’elle fait naître un rire auquel répond un autre rire

Court trop vite pour nos jambes nos jambes devant un bon feu s’étirent

Loin de la ferveur suscitée par un classique marathon.

Après l’averse bruyante la fine ondée change les instruments et le ton

On a l’impression de s’entendre murmurer

Des mots nouveaux des mots timides des mots pas assez mûrs pour être cueillis

Même sur des lèvres pâles ou dont le rouge terni macula une écharpe de soirée…

Demain la giboulée griffonnera des noms de fleurs et fouillera les taillis.

.

Plus de maisons plus de murs

Juste des fleurs encadrant des fenêtres

Les pluies sont de lumière

Le colza étale ses filets de couleurs

Et d’odeurs

Sur nous quand nous passons

Prisonniers d’un rêve

Soudain une rangée d’arbres

Réduits à un tronc et quelques branches

Incapables d’enfanter la moindre feuille

De leur visage austère d’enfants dressés

Nous libèrent de notre si délicieuse geôle

 

D’énormes affaires animales,

On roule sur le dos des putois

Le ventre des écureuils entre taupes

Et merles friands

On roule sur les jantes sans tige

Les corolles sans lumière

Nos petits airs de rien sous le bras

Rois des animaux de crasse bourre

Fourrures pelées, crinières décaties

Mais fiers de rester sur les griffes…

L’on roule puis l’on déboule

Dans le cimetière des éléphants

Sans défenses, sans récompenses

Avec beaucoup de bruit

Soudain surpris de n’être même pas reconnus

Par les vers blancs roulés en nous

Comme en passant…

.

Une histoire à dormir debout…

Quand il faisait les pieds au mur des Alpes, Albert nageait dans le bonheur, on peut dire qu’il avait la tête sur les épaules et les yeux dans les nuages.

Augustine, elle, remontait la pente, à bout de souffle, les jambes en coton, après une descente aux enfers due à une union malheureuse et éphémère avec un prince de Hohenzollern aux yeux ternes qu’elle passa d’ailleurs par le fil de l’épée quelque part en Transnistrie.

On  dit qu’il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas, on pourrait dire la même chose pour leurs lacs.

Pourtant, à force de nager, Albert finit par rencontrer Augustine, les bras en croix, sur une rive du lac de Misurina, un bijou émeraude des Dolomites.

Il était une bonne pâte de Catalan nonchalant,  elle était Calabraise aux yeux de braise. Il n’en fallait pas davantage, ils ont ouvert une pizzeria qui marche du feu de Dieu, sauf par jours de grand vent.

 

 

 

 

6 réponses sur “Des flocons tombent sur la geôle du lézard”

  1. Elisa-R dit :

    Poèmes d’avril comme je vous aime !

  2. phoenixs dit :

    L’amour au feu de bois au détour des rencontres à grandes enjambées entre les fleurs griffonnées et les frivolités indispensables de nos fragiles passages…
    Petit coucou au printemps 😉

  3. Éclaircie dit :

    Un PPV en pleine nature, celle de Zephe, avec ses surprises. Un avril inspiré. Mots en fleurs, nage en plein ciel ou en eau vive, vers que nous déroulons comme tapis de roi, prison dorée, étranges oiseaux.
    On se sent dans cette geôle comme poisson dans l’eau et lézard au soleil, ou l’inverse.

  4. heliomel dit :

    phoenixs, tu ne crois pas si bien dire, on hésite entre chaudière et feu de bois, comme on hésite entre fenêtre ouverte ou fermée, les couleurs sont tentantes, alors un compromis, un feu de bois et la fenêtre ouverte, pour profiter de la nature.
    Bonne semaine à tous.

  5. 4Z2A84 dit :

    Bravo à ces créateurs
    De pluies de lumière
    D’oiseaux qui inlassablement sillonnent l’azur
    D’animaux fiers de rester sur leurs griffes
    D’une Augustine revenue des Enfers
    D’une colline haute et fière
    De jolies nageuses
    et de bien d’autres merveilles
    Grâce au PPV de Zephe chaque semaine nous apprenons à lire
    sur
    sous
    entre
    les lignes
    et même en marge.

  6. Phoenixs dit :

    Surtout en marge, près des spirales…

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