Jean Hans Arp : « Bouche gueule gorge »

 

Bouche gueule gorge
La gueule de l’argent.
La gueule fermée d’un portail
où dans la nuit glacée un désespéré
en vain cogne et cogne.
L’étrange expression de la bouche
d’un homme nu et glabre en saumure.
La gueule d’une machine à figure humaine.
Comme il rit l’ovoïde lorsque soudain
d’innombrables dés tombent de sa gueule.
La bouche d’un chanteur
d’où montent des sons
qui s’épanouissent en une construction musicale
toute bruissante.
La bouche du conte
qui parle d’un vin d’or en carafes de cristal
qui transforme tous les buveurs en étoiles d’or.
La bouche à merveilles des saints et des poètes.
La gueule en lambeaux de l’épouvantail.
La bouche béante et tordue d’un affamé
à qui l’on ne sert que des zéros.
La gueule de la conque originelle.
Une bouche taillée dans le marbre où nichent les oiseaux.
La bouche du rêve.
La bouche enchantée de l’écho.
La gorge de l’éternité.
La bouche radieuse des anges.

Jean Hans ARP : « La Grande Fête sans fin »
Traduit de l’allemand et présenté par Aimée Bleikasten
Collection Collection Neige n°28, 230 pages,

9 replies on “Jean Hans Arp : « Bouche gueule gorge »”

  1. Éclaircie dit :

    le texte dans sa langue originelle :
    Mund Maul Rachen

    Das Maul des Geldes.
    Das verschlossene Maul eines Tores
    an dem in eiskalter Nacht ein Verzweifelter
    vergeblich pocht und pocht.
    Der seltsame Ausdruck um dem Mund eines nackten
    unbehaarten Mannes in Sülze.
    Das Maul einer menschenähnlichen Maschine.
    Wie lacht das Ovoid als ihm plötzlich
    andauernd Würfel aus dem Maule fallen.
    Der Mund eines Sängers
    aus dem Töne steigen
    die zu einem Liederbau wachsen
    der rauscht und rauscht.
    Der Mund des Märchens
    der von goldenem Wein in kristallenen Karaffen berichtet
    der alle Trinker in goldene Sterne verwandelt.
    Der Wundermund der Heiligen und der Dichter.
    Das zerfetzte Maul der Vogelscheuche.
    Der weit aufgerissene verzerrte Mund eines Hungernden
    dem lauter Nullen vorgesetzt werden.
    Das Maul des Urmuschelhauses.
    Ein Mund aus Marmor gehauen in welchem Vögel nisten.
    Der Mund des Traumes.
    Der verzauberte Mund des Echos.
    Der Rachen der Unendlichkeit.
    Der leuchtende Mund der Engel.

  2. 4Z2A84 dit :

    Arp et Picabia plus connus en qualité de peintres et pour l’un d’eux de sculpteur ont été dadaïstes avant d’être surréalistes – dans leurs poèmes cela paraît une évidence. Mon sentiment est que s’ils font parfois penser à Benjamin Péret ils ne l’égalent pas. Mais l’extrême liberté de leur écriture et leur humour sont contagieux et offrent à leurs lecteurs des bains de Jouvence.
    Le texte d’Arp en allemand est certes intéressant, mais je l’aime aussi beaucoup en chinois en hébreu et surtout en martien.

  3. Éclaircie dit :

    Merci pour tes précisions 4Z.
    J’ai mis en commentaire la version originale pour les très, très nombreux lecteurs bi-tri-multi-lingue que compte notre site universellement lu et reconnu…
    Hormis le français et le sélénite (et encore dans son expression basique) je ne maîtrise pas grand-langue.

    Pour notre plaisir, je vous livre un autre extrait de ce recueil :

    « les hommes ressemblent aux mouches
    qui ne comprennent pas
    pourquoi elles n’arrivent pas
    à traverser avec leur tête
    la vitre de la fenêtre pour entrer
    dans la lumière de la délivrance  »
    .

    (1963)

  4. Jean-Claude Barbé dit :

    « L’âge vit de cheveu en cheveu
    .
    l’âge vit de cheveu en cheveu
    à travers l’air devenu orphelin
    il vit comme un œuf
    qui couve un fruit
    sur une corde tendue entre deux ailes
    l’air a l’âge des ailes
    les fruits naissent des ailes
    les feuilles des ailes saignent
    sur les traînes de l’air »
    .
    Jean Arp (« Taches dans le Vide » 1936).
    .
    « Cafetière de beurre
    .
    Les guides à la main semant sa jolie langue
    Toute essoufflée avec une gaule amazone
    La montagne bébé ramasse cinquante centimes
    Dans le jardin sangsue anémone
    Tombée d’une échelle carte postale.
    Le frein de la salade en ceinture de cuir
    Une orange à la main souffle sur les vêtements
    Du pâtissier qui fait les vendanges à l’hôpital
    Du drapeau à la hampe de radis.
    Nous sommes dans le grenier des merles
    Où l’aimable araignée porte des pépins
    D’un air fatigué dans la large liqueur
    Des gilets en petits vers rongeurs.
    Voltiger en l’air festin de chenille
    C’est le risque du paradis de fer blanc
    Suspendu au plafond de la cheminée. »
    .
    Francis Picabia (« Poèmes et dessins de la fille née sans mère » 1918).

  5. Jean-Claude Barbé dit :

    Je n’ai jamais dit : Votre commentaire est en attente de modération !!!

  6. Éclaircie dit :

    Ah ! Que les machines sont bornées !
    Ne vous présentez jamais sous un alias ou un autre pseudo, elles ne vous reconnaîtraient pas ! C’est un comble ! Ne pas ouvrir la porte à un des Maîtres de Céans !

    Le parallèle que tu fais avec Benjamin Perret est plus frappant dans les deux poèmes que tu nous présentes.
    Ce qui me permet (aussi) de faire connaissance avec Francis Picabia.

  7. Jean-Claude Barbé dit :

    Si mon mail ne doit pas être publié comme ci-dessus indiqué qu’y fait-il aux yeux de tous ???

  8. Jean-Claude Barbé dit :

    …ou comme ci-dessous…
    Un dysfonctionnement ? Ou de nouveaux procédés mécaniques pour me mettre en RRRRRRAGE ?

  9. oulRa dit :

    😉
    Coup de cœur après avoir déambulé dans ses ateliers à la fondation Arp de Clamart.
    Poésie pour et dans tous les sens !

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