Je vous souhaite d’être follement aimés,

Jaune le ciel, noire la terre.
Qui boit ? Le ciel ou la terre ?
La Terre a levain mauvais
Et le ciel autiste l’eau triste
À force d’aller plus vite, plus loin, on tourne en ronds de sorcières
Le vent se nourrit de son transgénique
On ramasse des corbeilles d’abeilles
On offre des platanes aux champignons
L’eau se rit des digues dingues dong
Les escaliers ont plus de degrés, le vin aussi, l’air aussi
Les forets percent les forêts, les plaines sont en peine
Il est temps de cultiver ce qui peut l’être encore

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On nous attend pour boire entre amis sur le sol
Où les villes comptées seront à la mesure
De notre goût pour l’art quand on l’accroche au mur
Le mur contre lequel nous nous heurtons s’écarte
Le crâne laisse entrer dans sa coquille vide
Un monstre le cerveau de l’homme méditant
Sur l’œuf et sa fonction parmi des astres mûrs.
Trop de soleils tournoient trop d’anges tergiversent
On ignore où donner de la tête – on éloigne
Les étoiles qui font de l’œil aux matelots
On se défie de la boussole et de la carte.
S’il faut suivre une voie suivons celle de l’eau
Et laissons-nous porter par elle jusqu’au bout
De la terre là où s’arrête l’océan
Comme devant l’abîme hésite un somnambule.

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Nos humeurs varient selon les brises
Les braises sous enveloppes cachetées
Et les longues soirées d’hiver emmitouflées
Silence.
Autant dire qu’une fois encore, une fois de plus
Nous fuirons l’essentiel
Bouche cousue de fil blanc enduit de graisse
A taire.
Nous avons toujours marché dans le vif
Équilibristes économes
Pantins ornés de buis
Écorces à terre
A regarder devant nous sans ciller
Nous avons perdu nos racines de fièvre

********
Des rêves s’effondreront couvrant d’une poussière grise
Nos désirs de soleil
Un ami perdra dans les larmes le plaisir des retrouvailles
Et le désir de vivre
Le voisin changera l’intégralité de ses portes et fenêtres.
Un enfant disparaîtra dans un torrent dément
Un autre sera retrouvé à temps
Le ciel sera encore un ciel
le soleil courtisera la pluie pour prendre sa place
La bourse voyagera en première classe
De New York à Pékin
Et nous vivants ou morts debout à la fenêtre

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Il a construit un tableau noir
Dans sa tête
Savait-il ce qu’il dessinerait
Sa craie très sombre n’a pas laissé la moindre trace
Il hésitait encore entre garder les yeux ouverts
Ou baisser les paupières
Ainsi laisser la surface cueillir au fil du vent
Quelque graine, quelque note, peut-être une couleur
Qu’il aurait pu offrir aux passants toujours pressés
De n’arriver nulle part
Seule une fenêtre s’est entrouverte
La seule sans volet pour refléter la lune
Parée de sa brume et contant les aventures de ses résidents

5 réponses sur “Je vous souhaite d’être follement aimés,”

  1. Phoenixs dit :

    Et voilà comment les mots sortent des clairières oubliées. Au tableau noir les bouilles noires tirent la langue à la mort blanche qui nous occupe à défaut de nous distraire.
    Aux commandes :
    Un Héliomel bio
    Un Z jamais au bout de l’alpha baie à qui je dois, indirectement, le titre de cette partition
    Une Elisa en barque vers l’océan
    Bibi fricotine
    Une Eclaircie entre deux tempêtes

    Bonne lecture à tous, toutes et surtout les hen…

  2. Elisa Romain dit :

    Oui, je me sens follement aimée quand je lis ce puzzle collectif et lumineux, malgré le ciel, nos humeurs, l’eau, le noir du tableau, la coquille vide du crâne, l’eau encore…Les rêves peuvent s’effondrer, ce « nous » sera là pour en construire de plus beaux.

  3. Éclaircie dit :

    Avant d’avoir lu ton commentaire Élisa, j’ai pensé également : oui ! je me sens follement aimée !
    Quel beau titre Phoenixs.
    Zephe n’a pas démérité.

  4. 4Z2A84 dit :

    « Il est temps de cultiver ce qui peut l’être encore » : ainsi se termine le premier texte de cette suite passionnante. Les cinq poètes qui y ont participé cultivent la beauté et l’originalité. C’est pourquoi leurs jardins offrent à celles et ceux qui ne craignent pas d’en franchir les grilles l’occasion de vivre des rêves heureux.
    On trouve aussi ici des fenêtres magiques d’où nous sauterons comme on plonge dans un océan aérien.

  5. heliomel dit :

    c’est de Lille oú je suis depuis samedi que je vous dis ma joie de lire ces lignes comme autant de fils tissés qui nous font apprécier jusqu’aux titres de nos rendez vous.

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