LE VENT SAIT LIRE

 

Le vent sait lire

 

Le vent sait lire – il trouve en nous les aliments

De sa culture – il broie les mots et s’en nourrit

Il laisse l’homme neutre avare de paroles

Stupéfait d’enfoncer les doigts dans son nombril

Pour retenir le sang comme avec un bouchon.

Le ciel dort parfumé par le vol de nos âmes

Dont l’aile rassurée de glisser en silence

Semble affûter sa lame ou trancher les brouillards.

Le ciel on ne lui voit que ce qu’il veut montrer.

Les plongeons répétés du regard dans l’éther

Ne suscitent l’apparition d’aucune forme

De vie sous la vitrine immense de l’espace.

 

Des yeux à l’envers du visage, un regard sans but

L’imparfait manque à la voix.

Derrière, des sourires à la framboise et sous la pile du pont, un ermite au palais de carton.

Devant, partout ailleurs, du vent et des racines très blanches.

Quelqu’un sait mais ne dit rien c’est pourquoi, parfois, les corps se décomposent et sèment autour d’eux ces horribles puzzles que nous aimons éperdument.

Beaucoup plus tard, entre deux livres poussiéreux et rassurants, les phrases comprendront leur histoire et pourront, à leur tour, la conter.

 

Des sons indisciplinés s’égarent

Quand le vent endiablé s’immisce au cœur

De toutes les conversations comme de toutes les forêts

Tranche le ronronnement de la moindre voix

Encore intimidée par les longues nuits

Où sans dormir les arbres fouillent

Au plus profond de leurs racines

S’assurant que la sève protège la fluidité de la vie

Et saura s’élancer dans tout le lacis des branches

Que leurs feuilles portent haut les chants confiés à la terre

 

Les zoiseaux,

Bien que la carpe fut amoureuse d’une cruche

Elle finit par se mettre en ménage avec une lavette

A deux le nettoyage est plus rapide

Le nid mieux bâti et les petits à petit

Grandissent la tête lavée de tout soupçon

Sans être pleines de poux célibataires et grincheux.

On ne dira jamais assez fort combien le manifeste du balai

A permis aux poètes des rails

De garder le cap et l’épais sans la poussière sous le tapi…

 

Avec les messagers du vent, du nord au sud, d’est en ouest :

4Z-Élisa-Phoenixs-Éclaircie

Héliomel, retenu par le soleil ou retenant le soleil, nous rejoindra la semaine prochaine.

 

5 réponses sur “LE VENT SAIT LIRE”

  1. Phoenixs dit :

    Je retiens de ce passage du vent lettré, les ermites dans leur palais de carton qui sûrement lèchent la vitrine d’un ciel plein de mots et de silences bout à bout en puzzles.
    Les racines gardent la pluie des silences
    Et les silences la lecture de leur sens.
    Bien joué !

  2. Elisa Romain dit :

    Le vent semble avoir perdu la tête mais il sait lire : forêts et zoziaux sauront bien lui indiquer le chemin le plus doux pour retrouver la raison.

  3. 4Z2A84 dit :

    Nous croyons lire les mots…ce sont eux qui nous lisent. ZEPHE et son PPV savent qui nous sommes, comment nous fonctionnons et s’il reste à chacun de nous assez de piles pour prétendre composer encore longtemps d’étonnantes fantaisies sur Poésie Fertile.
    Bravo à tous et bon dimanche.
    La semaine prochaine, Héliomel, aujourd’hui absent, devra « mettre les bouchées doubles ».

  4. heliomel dit :

    Bien qu’il ait les yeux à l’envers, le vent sait lire ce que la carpe a écrit sur la cruche:
    Pastis 51 car les zoiseaux ont la pépie.

  5. 4Z2A84 dit :

    Muette la carpe ne peut avouer son amour à la cruche, laquelle est si bête qu’elle ne comprendrait pas. On se « rabat » sur une lavette. Est-ce la solution idéale ? Ne vaut-il pas mieux rester célibataire comme certains poux ?
    Les poux n’appartiennent pas qu’à Lautréamont.

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