Hop, le cyclope !

Sur toutes les lèvres son nom
En lettres rouges comme au cirque
S’inscrivait avec un bâton
Le lire ou l’entendre crier
Provoquait son indignation
Il courtisait de loin la mer
Les flots montaient toujours trop haut
Les vagues offraient leur poitrine
Le vent les prenait en photo
Parfois l’eau se tenait debout
Et imitait le chant du cygne
Le ciel était riche en oiseaux
Mais les pauvres le croyaient vide
La lune était le numéro
Que sa mémoire retenait
Avec d’autres images pures
Comme un casino dans les glaces

****

Le compteur électrique est coupé
La chaudière arrêtée
Ouïes d’aération fermées
Plus d’air plus d’eau plus de gaz
Quelques mouches sur le parquet
Mais il fait encore bon
Il suffit d’ouvrir les persiennes
Et la lumière jaillit
Satisfait Protée se glisse dans le cadavre
Réarme le compteur
Descend l’escalier
Sans avoir fait craquer le moindre membre
****

L’encre n’est fluide que de vingt-neuf heures six
À trente heures soixante-douze
En dehors de cette plage
On peut la trouver sur le sable à faire des pâtés
Construire des murs interdits d’écriture
Couler à flot par crainte de s’évanouir dans le blanc
D’un œuf de préférence mollet
Ou monté en neige éternelle immaculée
Si haut qu’aucun oiseau même sachant lire
Ne se hasardera jamais sans voir ses plumes
Se faner s’évaporer se fondre s’engloutir se dissoudre
Et qu’elle soit noire verte ou bleue parfois rouge
Elle attend l’instant propice pour s’allonger
Docile et consentante dans le moindre carnet croisé

****

Quel âge a la mort ?

Tu voudrais bien le compter sur le temps
Ou les dix doigts de l’horizon
Celui que tu ne franchiras pas
A moins qu’il soit dans les plis de ton visage
Si près du miroir à silence
Quel âge a la mort ?
En passant un souffle vient de répondre
Mais tu l’as perdu sans le voir
Il n’y aura donc pas de date
Pas de frontière
Pas de sens à égrener
Tant pis pour ta nuit sans porte…
****
J’ai de l’eau dans la tête et les sons flottent gentiment
Entre mes deux oreilles qui débordent
Des passants croisés sur la route qui mène ici
Je retiens ce marin qui tenait en équilibre sur le nez
Un millier de verres vides ou pleins
Droit et fier il marchait se faufilant entre les gouttes
Certain que la pluie protégeait des regards
L’histoire qu’il portait sur le dos en guise de manteau
Et qui semblait si lourde qu’elle l’effaçait peu à peu
Comme buvard assoiffé

Merci à Heliomel pour le titre

6 réponses sur “Hop, le cyclope !”

  1. Phoenixs dit :

    Quelle aventure que ce voyage entre les oiseaux sans lune, les oreilles en buvard, les compteurs en équilibre !
    Je relis et je reviens ,-)

  2. Éclaircie dit :

    Un seul œil, certes ! Mais quelle vue nous offre-t-il !!
    On en oublie le froid, on garde la pureté de la lune, l’encre de couleur. L’histoire, ce buvard assoiffé, révélera peut-être la porte de la nuit.

  3. Elisa-R dit :

    Mignon ce cyclope. Je me demande si quelqu’un pourra lui donner l’âge de la mort… Cela dépendra, à mon avis, de Protée, de la couleur de l’encre du jour en son carnet croisé.

  4. heliomel dit :

    quelle époque, les cyclopes se mettent du rouge à lèvres pour faire la cour aux cygnes, un peu d’encre en guise de khol, regardent le résultat dans le miroir aux silences et s’en vont dévorer les marins, s’essuient les lèvres avc ces buvards assoiffés. Ils voudraient bien savoir quel âge a la mort, mais ils ne savent pas compter au delà de lakh.

  5. Phoenixs dit :

    Saluons 4Z, Eclaircie, Heliomel, bibi, Elisa pour avoir donné ses lettres à ZEPHE qui vole de plus en plus haut.

  6. 4Z2A84 dit :

    J’ai l’impression de réapprendre (mais ça n’a rien de contraignant, bien au contraire !) à lire, à voir, à sentir…en découvrant cette merveilleuse suite de poèmes.
    Surtout n’indiquez pas son âge à la mort : cette coquette en ferait une maladie…grave…jusqu’à mourir de honte, peut-être.

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