Cheminée et papier chiffon

 

On ne m’a pas vu sur les quais du port

Ni sur aucun de ceux de la gare

On ne m’a pas vu descendre en marche

Je doute que l’on m’ait vu

Lorsque je me suis montré

Minuit – ou midi – sonnait

Au clocher de l’église bâtie sous la mer

Avec des épaves

Par des requins-marteaux

On ne me vit pas en qualité d’architecte

Commander à ces travaux pharaoniques

On crut m’apercevoir au fond d’un puits

Mais mon ombre me dit que c’était elle et non moi

Pour le confirmer elle me montra sa carte d’identité

Sur laquelle je me reconnus photographié

Il y a plus d’un siècle – le jour de ma naissance ? –

Dans un berceau vide.

.

Les bras de l’océan tiennent tout ce que nous ignorons

Le sable du temps angulaire et blanc

La hardiesse des chevaliers allongés endormis

La nuit noire horizon des marins égarés

Et tout ce que je ne cite pas puisque

Je l’ignore

J’y mettrais les vagues folles d’écritures mathématiques

La sagesse déraisonnable des penseurs certifiés

Le cerveau d’un assassin et puis

L’avenir

Nageant sans fin dans son bocal…

.

Il y a des heures que j’avance

parmi les algues, les coquillages

les bois pourris les plastiques

et les morceaux de filets verts

 

l’eau sombre va et vient

le vent durcit l’air autour de moi

sur les franges sableuses

le sel solde sa blancheur

Tout est loin, inaccessible

et pourtant le jour se lève

et tu marches vers moi

car tes jambes sont les premiers rayons du soleil

.

J’ai laissé filer les jours comme filent les bas

Laissant des échelles à qui veut franchir le mur

Le décor est le même d’un versant à l’autre

Seul l’œil estime la liberté de l’herbe et des arbres

Au-delà des pierres bien rangées

Qui chaque soir tissent un peu plus de lierre

Pour se fondre au paysage à l’abri de l’emprise du vent

Et que les heures glissent sans heurt ni sursaut

La nuit devient cette cloison mobile à la surface satinée

Ouatée que l’on peut déployer autour de soi

Et avec elle franchir les lignes d’horizon

Monter les escaliers s’ouvrant sur des greniers combles

Deviner les chemins menant au ventre de la terre

Et savoir ouvrir les fenêtres sur le miroir du temps

.

Ils attendent que je vienne

Salon de pluie d’ennui

Adossés au feu sans braises

Le regard jeté au loin

Que voient-ils ces incertains

Que tout égare ?

Les fenêtres sont closes sur jardin

Rien

A voir

A tenter de vivre

Ils ont perdu le sens de la répartie

De la flamme vive

Et sans doute se demandent ce que je pourrais bien

Bien raviver en eux…

.

ZEPHE est dirigé par Eclaircie, Phoenixs (merci pour le titre), Héliomel, 4Z et moi-même.

 

 

7 réponses sur “Cheminée et papier chiffon”

  1. Elisa-R dit :

    Comme souvent, je suis saisie par la richesse de ce ZEPHE…

  2. Éclaircie dit :

    Riches fonds sous-marins, comment s’étonner que la flamme vive vacille. L’avenir serait-il prisonnier d’un bocal ou d’un puits ? On ne peut savoir, mais la fenêtre s’ouvre enfin sur ces jambes-rayons de soleil et les horizons nous aspirent.

  3. 4Z2A84 dit :

    Comme on paraît sérieux en ce début d’année ! Une impression personnelle : à force d’écrire sous la dictée plus ou moins prégnante de l’irrationnel, il faut que les mots surgissent armés hors de l’écran pour m’étourdir. Merci de les rendre à leur fonction qui est avant tout de nous accompagner sur des mers inconnues ou dans des promenades à travers cette immense forêt nommée Poésie.

  4. Elisa-R dit :

    J’avais oublié trois vers, je ne vous dit pas lesquels, à vous de jouer au jeu des trois différences.
    Pardon, encore une fois, à leur auteur : je pense que ma distraction est désormais chronique…

  5. Heliomel dit :

    Pardon, encore une fois, à leur auteur : je pense que ma distraction est désormais chronique…Ah Ah, je ne suis plus seul, bienvenue au club…

    J’aime bien ces échelles qui donnent sur des fenêtres closes. Encore un texte qui longe l’océan…

  6. phoenixs dit :

    Cette fournée me plaît particulièrement, les berceaux vides, les futurs dans les bocaux sans globe, les rayons des jambes, seul espoir sur les rives vidées.
    Du bon ZEPHE !
    Et surtout que les distraits restent distraits au portes trop étroites de la raison 😉

  7. phoenixs dit :

    Aux portes bien sûr ! et mieux encore, loin du seuil.

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