SUR LA BARQUE AERIENNE.

 

 

 

Sur la barque aérienne.

 

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Le songe de l’épicéa,

 

J’aimerais me faire enguirlander de sourires

Que les boules déposées à la pointe de mes nerfs

Soient de bulles irisées

Que chaque nœud, de chaque paquet

Se défasse sans étrangler l’espoir

De celui qui l’ouvrira

Que la  » joie de vivre  » irrigue mes bras

Mes épines de pacotille

Mes reins déployés

J’aimerais que mon voyage chez toi

T’apporte le souffle d’autres contrées

Et que tu me gardes encore un peu

Loin des trottoirs glacés

Où sèchent tes fêtes épuisées.

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Le vent gronde à la cime des arbres

Des cheminées et de chaque brin d’herbe

Il veut le monde sous sa coupe

Sans savoir que la forêt

Les toits et les prés ont connu pluies et neige

Et se moquent de ce souffle

Dont ils ressentent la caresse parfois brusque

Mais qui s’ils le désirent

Les emportera loin de leur quotidien

Les branches alors se tendent comme cordes de lyre

Les volutes de fumée entraînent quelques braises sur fond de ciel

La terre respire calmement et dort près des graines qu’elle nourrit

Et les plus longues nuits savourent ces chants éphémères

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Hors de la forêt l’arbre est seul.

On ne s’improvise pas mère

La terre y renonce et les oiseaux

Ces insaisissables passants

Construisent leurs nids ailleurs

Loin de l’exilé aux branches tendues

Vers d’autres branches que le vent

Berce doucement et endort…

La forêt ne laisse entrer personne

On la contourne en frissonnant

De peur de la voir expulser

Sans raison apparente

Un arbre à la sensibilité différente

Un arbre unique.

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L’air est étouffant, vue sur cour, câbles et linge

Il suffit d’ouvrir la cage aux poissons volants

Et le radiateur à pistaches refroidit agréablement la pièce

On monte les marches du château  provençal

La vue sur la baie s’étale, croissant contre collines

On y voit des colonies de cigales fumant cigare

Des maîtres-chanteurs déguisés en maîtres-nageurs

Plongent vos jambes dans l’eau pour que des garra rufa

S’empressent de manger votre peau contre vingt euros

On s’élance du tremplin du Mont Ventoux

On ne quitte les skis qu’au large de la promenade des Anglais

Quand les bougies s’allument, on coupe le radiateur

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Un animal dormait dans un fauteuil du salon. Une masse sombre, grise et largement déployée sur le tissu familier.

 

Je n’osais la regarder directement.

 

Depuis quelques temps déjà de drôles de choses existaient dans ma maison et je songeais, au fond de moi, que feindre de ne pas les voir était la solution idéale.

 

Sur le chemin du retour, pourtant, j’avais croisé des humains : une soeur en costume berçant sa mâchoire dans une écharpe de laine, une jeune fille cadavérique dévorant sa mère de reproches, un vieil homme sur le point d’agoniser en milieu de jogging…

 

Tout était normal. C’était un vendredi soir.

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Passagers :

Eclaircie

Elisa

Héliomel

Phoenixs

4Z.

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13 replies on “SUR LA BARQUE AERIENNE.”

  1. 4Z2A84 dit :

    L’ivresse due à l’alcool ne vaudra jamais celle produite par la lecture des PPV signés Zephe.

  2. Éclaircie dit :

    Je partage ton opinion 4Z et c’est ainsi que dès potron-minet, je viens chercher la potion !

    La barque m’attendait, flottant entre deux écharpes de brume. J’ai cru à une Arche de Noé (L). Non seuls Un Animal et quelques poissons bizarres étaient à bord, Et l’espace s’agrandit alors…des lumières clignotantes…un arbre… une forêt…la Provence…un cauchemar ou deux…du vent…et cette ivresse de nous savoir cinq sur la même p(L)age.

  3. 4Z2A84 dit :

    « Le vent se lève !…Il faut tenter de vivre ! » Paul Valéry.
    .
    Eclaircie, la magie du PPV (ou du PPM) se poursuit dans ton commentaire.

  4. Éclaircie dit :

    Le paragraphe d’où est extrait ce vers de Paul Valéry est très très beau.

    « Le vent se lève!… Il faut tenter de vivre!
    L’air immense ouvre et referme mon livre,
    La vague en poudre ose jaillir des rocs!
    Envolez-vous, pages tout éblouies!
    Rompez, vagues! Rompez d’eaux réjouies
    Ce toit tranquille où picoraient des focs! »
    Paul Valéry. Le cimetierre marin

  5. 4Z2A84 dit :

    Oui, ces vers sont très beaux. Quoique les focs me gênent – modérément. . Le souci de la rime aboutit parfois à ce genre d’image que l’on est en droit de trouver un peu trop « tirée par les cheveux ».
    Mais :
    « Les marins disent d’un navire qui plonge de l’avant dans la lame qu’il « pique du nez ». L’image est analogue. Elle s’impose à qui a vu la chose. » Valéry (« Entretiens avec Fr. Lefèvre »).

  6. Éclaircie dit :

    D’autres lui auront donc « reprocher » ces « focs ».
    C’est en détaillant, en lisant et relisant que ce genre de détail se remarque.
    On imagine le travail pour parvenir à composer de longs poèmes en vers rimés de cette force.

  7. Phoenixs dit :

    J’ai bien aimé tous ces  » passagers  » qui rôdent près des forêts hostiles en se tenant la mâchoire sur des skis branlants; sans compter  » l’unique  » parmi les petites choses du vendredi soir qui prennent place dans les salons marins 😉
    Les focs sur les banquises permettent d’avancer sans se jeter sur les icebergs…

  8. 4Z2A84 dit :

    Un des derniers…ou des premiers ?…salons où l’on cause se trouve à la suite des PPV attribués à l’ami Zephe. Tournez à gauche en sortant de chez vous. Attention à la poubelle oubliée sur le trottoir. Ne vous prenez pas non plus les pieds dans les nerfs de la rivière sortie de son lit à l’appel du clairon. C’est un salon de thé tout à fait ordinaire : on y déguste parmi les poissons multicolores (moins entreprenants, moins désireux de nous chatouiller que la cohorte des garra rufa) des petits fours vous m’en direz des nouvelles.

  9. Elisa-R dit :

    Je songe à imprimer petit à petit ces PPV qui ne font pas oublier les visages de la lune et se prolongent jusqu’aux silences faisant suite aux commentaires. Les imprimer pour me laisser surprendre en les relisant au hasard, un soir ou l’autre, sur la cime d’un arbre, hors de la forêt, sur le Mont Ventoux ou, loin des trottoirs glacés, assise dans un fauteuil vide de toute créature…

  10. Heliomel dit :

    Les focs sur les banquises, ça j’adore, au moins ceux-là n’ont pas besoin de la sollicitude parfois pesante de Brigitte Bardot.

    Je songe à imprimer petit à petit ces PPV qui ne font pas oublier les visages de la lune et se prolongent jusqu’aux silences faisant suite aux commentaires. Les imprimer pour me laisser surprendre en les relisant au hasard, un soir ou l’autre, sur la cime d’un arbre, hors de la forêt, sur le Mont Ventoux ou, loin des trottoirs glacés, assise dans un fauteuil vide de toute créature…

    J’ai eu la même idée que toi, j’ai commencé, mais c’est long!!

    Y a-t-il quelqu’un qui s’est fait nettoyer la peau par des garra rufa?
    Zephe farte ses skis, c’est bien, du moment qu’il nous revient entier!
    Joyeux Noël à tous!!

  11. 4Z2A84 dit :

    Dans un film avec Fernandel (« François 1er ») on lui fait avouer je ne me souviens plus quel secret en lui infligeant le « supplice de la chèvre ». Une chèvre lui chatouille les pieds (recouverts alors de sel) avec sa langue. Il ne tarde pas à parler. Ne risque-t-on pas de rire à en mourir ou pour échapper à ce triste sort d’avouer tout ce que l’on voudra nous faire avouer, avec des garra rufa en guise de langue de chèvre ?

  12. 4Z2A84 dit :

    Pour se débarrasser des vieilles peaux les requins ne seraient-ils pas plus efficaces que les garra rufa ?

  13. Éclaircie dit :

    Plus radical et définitif, sûrement…
    Je me souviens de ce film, 4Z. Vu à la télévision à une époque où nous ne l’avions pas à la maison, et je me souviens d’avoir ri comme rarement.

    Jamais testé le garra rufa, non.

    Zephe, parfois mélange les lettres, les boites, les pieds mais il est toujours présent le vensamedredi.

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