Belle soirée,

Juchées sur des Pégases fumants
Sourdes aux froissements des ailes
Drapées dans des saris trop vastes
Les chimères survolent les bois endormis
.
Parmi les frondaisons dépouillées
Les ultimes cartes parcheminées
Redoutent leur dernier voyage
On ne voit pas de feuilles monter au ciel
.
Au-dessus des tribunes des hippodromes
On ne voit pas non plus de chimères hypocondriaques
Elles auraient trop peur d’attraper une fièvre de cheval
Entre bonheur et chagrin, elles griffent les flancs des centaures

*****

À mi-chemin entre le fil et l’eau
Il avance en équilibre sur sa vie
Quelques oiseaux quelques poissons
Lui renvoient l’écho de son parcours
Lorsqu’il ouvre la main le vent vient s’y blottir
Et l’on se demande s’il ne remonte pas le temps
Quand le couvert des arbres absorbe sa silhouette
Il nous reste à lire dans les nervures des feuilles
L’empreinte de ses visions et les mots qu’elles contiennent
Double de chacun à la rencontre des possibles

*****

Il vogue sur un océan de ténèbres
Notre navire avec sa cargaison
De souvenirs mêlés contradictoires
Notre mémoire est un tonneau troué
Mais toujours plein car le hasard reproduit
Ses aléas comme le vin les sautes
D’humeur des flots lorsque nous les foulons
Pressés d’atteindre ainsi la cible au terme
D’une vie définie par le tombeau
Ce monument dans lequel tous s’entassent
Les hommes vrais et faux les écervelés
Ceux qui oublient ceux que leur passé gonfle
Baudruches ou passoires buvards tamis
L’eau savante avant de nous avaler porte
Ce bouchon à la fois si lourd et si léger.

*****

La toile descend régulière
Paupière légère de tout temps
Semblable
On pourrait croire que Monet
S’est posé sur les galets sans lieu
A peindre les silhouettes
Demi assombries
Entre se glissent les mouvements
Des formes de songe en tranches
Repeint
Sans faux-semblants
Qui déplaceraient l’instant

*****

Mon sapin est un rêve majestueux et vert, il porte des lunettes, un chandail de laine.
Sa voix chaude, son parfum de nature donnent aux visiteurs et aux habitants de la maison
un sentiment de confort et de bien-être qui incitent au repos et à la confidence.
La cheminée songe au bon feu qui la réchaufferait
Le chat imagine des souris à la place des guirlandes.
Je me souviens de matins qui ne sont pas encore nés.
Quant au sapin, sage, il souhaite découvrir à ses pieds un Noël pacifique et doux pour l’enfance du monde.

7 replies on “Belle soirée,”

  1. Phoenixs dit :

    Voilà de la belle ouvrage pour une  » belle soirée  » titre emprunté à Elisa.
    Vous nous y trouverez en désordre, en ordre ? 4Z, Héliomel, Eclaircie, bibi et dame au sapin enguirlandé d’espoir.
    Une belle soirée pour les mauvais jours n’est-ce pas croire au père Noël ?
    Adonc, que le traineau nous emporte avec élans !
    Bonne lecture à vous.;-)

  2. Éclaircie dit :

    Mummm, tout chaud sorti du chaudron de ZEPHE
    Belle soirée ! je repasse demain matin à mon heure propice…

  3. Éclaircie dit :

    Entre l’âtre et le sapin se dévoilent cinq toiles… »chimère », « possible », « souvenir », « songe » et « rêve » plus grandes que nature pour cette « Belle soirée ».

  4. 4Z2A84 dit :

    Cette maison se visite comme un musée :
    au rez-de chaussée on trouve un chat imaginatif au pied d’un sapin myope
    au premier vit un peintre dont les modèles sont tantôt un songe en tranches tantôt de sombres silhouettes
    au deuxième un navire transporte des morts pressés d’atteindre le port
    au troisième un funambule voyage dans le temps et se perd dans une forêt
    au quatrième et dernier étage des chimères font l’amour à des centaures.
    J’ajoute que dans le jardin on a planté des clarinettes dont à défaut de musique le parfum enivre les visiteurs.

  5. heliomel dit :

    Depuis qu’on parle de sapins enguirlandés de souris, je ne tiens plus mon chat, faut dire qu’avec tous ces poissons, ces oiseaux, il y a de quoi lui faire perdre la tête.

  6. Phoenixs dit :

    Il est encore possible que des funambules glissent sur les guirlandes sans casse…

  7. Elisa-R dit :

    Si nous croisions des méduses elles prendraient ces teintes incomparables sous l’encre de vos plumes.
    Vendredi est un autre jour, décidément.

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