HORS DES RAILS.

 

 

 

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Le décor du manège

 

Levant ses yeux bistrés, la pluie change d’avis

C’est maintenant la neige qui tombe sur le parvis

Du carrousel fermé, elle poudre le manège

On devine les formes qu’une toile protège

 

La neige échoue ainsi qu’un écheveau de soie

Tombe draperie blanche  sur un cheval de bois

Les miroirs entrevus à l’abri des bourrasques

Auréolés de buée,  reflètent des masques

 

Le décor du manège songe aux tiédeurs d’été

Ecoute le temps couler, s’imagine échanger

Des paysages blancs, bordés de mandragores

Contre des fards d’argent, des pierres et des trésors

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Ubu boite,

 

Venez donc à la foire pistache

Admirer les clowns ivres

Les lapins à queue de pelle

Embrasser les femmes à bascule

Venez donc au cirque de fer

Applaudir les fils marionnettes

Les souris à poneys fous

Roulant de travers

Venez donc aux jeux permanents

Des artistes de passage

Et n’oubliez pas vos gants

Quand viendra l’heure de serrer

L’écrou rageur de leurs ratages…

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Dans la tour aux mille visages

Une ouverture inhabituelle en forme de cigogne

Diffuse alentour une lueur brillante auréolée de brume

Les vivants qui la voient perdent le sommeil

Ou s’endorment longuement un étrange sourire aux lèvres

Dans la tour aux mille visages un visage semble amusé

Un seul

On dit que l’endroit est la pouponnière du ciel

Et que les nuages à peine nés

Parlent déjà des saisons et du temps qu’il fera

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Il croit dormir

Mais en réalité il s’éveille

Au monde où l’accueille la mer

Ses sœurs les vagues le désignent

Comme un nouveau-né difficile

Il pleure il rit il récite des vers

Des alexandrins beaux comme un arbre éclairé

Par un regard d’enfant que le soleil conduit

Vers l’ombre où d’autres faons fatigués font la sieste

Le sel blanchit son front

D’où sortent minuscules

Deux cornes

Ses pas le conduisent ailleurs

Toujours ailleurs

Sur des pieds fourchus dont les empreintes

Marquent la terre comme une signature.

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Les trains qui s’engouffrent dans les soupentes

Cherchent les lucarnes pour convaincre les voyageurs

Que le ciel ne s’efface pas pendant les longs voyages

Pas plus que le ventre de la terre n’est chatouillé

Par les rails qui seraient du voyage

Les gares sont bâties bien avant l’arrivée du convoi

Et non pas à l’instant du sifflement de la locomotive

Quand bien même elle aimerait un peu de nouveauté

Les ponts aux piles bien plantées au-dessus des précipices

Ou des rivières attirantes, s’ils sont partis gambader

Sont toujours solides et droits au passage des wagons

Mais qui nous dit, montant dans une rame, qu’elle se déplace vraiment ?

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A l’œuvre :

Eclaircie ;

Elisa ;

Heliomel ;

Phoenixs ;

4Z. ;

Zephe.

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5 commentaires sur “HORS DES RAILS.”

  1. 4Z2A84 dit :

    Des décors de fête, de fantasy, de légende. Des réalités poétiques. Le lecteur y perd la tête. La retrouve pleine d’images. Un trésor sous un crâne.

  2. Éclaircie dit :

    Un très beau manège ! Sous le carrousel, des artistes de passage, des lapins, une tour aux mille visages faisant parler les nuages, un être fabuleux mi-homme, mi-dieu, mais bien sûr poète. Et tous partiront dans un train « illusionniste ».

  3. Elisa Romain dit :

    Tous différents et pourtant !
    Encore un voyage mémorable, ZEPHE, même « hors des rails » est un grand magicien.

  4. Heliomel dit :

    Les mille visages des clowns enfermés dans la tour récitent des vers en cherchant des lucarnes hospitalières.

  5. phoenixs dit :

    Nous avons bien raison de naître à la déraison !

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