Ma part en porte-clé,

Je tiens ton rôle dans la pièce
Où nous place ta cruauté
Le public me mettrait en pièces
Si j’étais moi le masque ôté
Qui es-tu quel est ce visage
Que tu me tends pour le baiser
Crois-tu m’offrir un paysage
Avec tes pas improvisés
Lorsque tu sors de ton œillet
Le front libre de toute mèche
Cette rougeur je la cueillais
T’en souviens-tu parmi les fraîches
Fleurs dont le pré s’enorgueillit
Nous stars avons si mal vieilli

***

Sur les canapés se prélassent des idées
Elles attendent l’heure propice pour sortir s’aérer
Qu’il passe un ange, un chien, un homme ou un train
Elles bondiront partant jouir de leur liberté
Dans les compartiments on les verra dessiner
Ces rides d’expression aux yeux des voyageurs
Quand ils se parlent et s’entendent dans le silence
Elles remonteront en amont de toutes les rivières
Puiser des regains d’enfance et tous ces possibles
Au plus clair du jour elles s’amuseront
A narguer le soleil par leur brillance
Alors ivres de grands espaces, repues de lumière
Elles viendront s’étendre sur nos oreillers
****
Quelque chose dormait encore, peut-être même quelqu’un.
De grands oiseaux gris buvaient l’eau des rêves
Effaçaient peu à peu toute couleur et tout bruit.
Comme les années précédentes et toutes les autres d’ailleurs
Verrait-on cette fois encore des milliers d’oiseaux dans le ciel ?
Imaginerions nous toujours des êtres fantastiques et des forêts
D’arbres noirs nous épiant dans le sombre ?
L’oiseau était entré par un œil entrouvert, une oreille attentive
Ou une bouche bavarde sans doute.
Il buvait toujours quand la cloche du jour annonça sa venue.
***
Il s’échappait de l’enfumoir
Des volutes blondes de clair-obscur
De la margelle à la ruche
Ta volière auréolée
Baignait dans la lumière
Très tard de tes mains
S’échappait le miel brillant
Fruit des fleurs et des abeilles
Au lacet d’un sentier la volière est tombée
Le vent ne fumait plus
Le ciel et la rivière, l’herbe et les roches
Etaient du même bleu intense comme le miel
***
Un chien aboie
Un ami passe
Les traces dans le vent
S’essoufflent.
Des images glissent
Dans la boîte à sépia
Quelques sous rires
Et racornissent.
Mon cœur sans âme souvent
A boudé les joies simples
C’est ainsi.
Il penche à présent du côté
De l’absence
Serré dans le coup de froid
Qui menace
La vie.

Ont collaboré à ce nouvel envol du ZEPHE : Héliomel, Eclaircie, Elisa, 4Z et bibi.
Le titre est emprunté à Eclaircie 😉
Bonne lecture à vous qui passez au bord des cils…

5 commentaires sur “Ma part en porte-clé,”

  1. phoenixs dit :

    Ben si, un commentaire qui glisse entre tous les mots de ces en voix réguliers, aériens, possibles et vagabonds…

  2. 4Z2A84 dit :

    On trouve dans le Zephe le meilleur de la production poétique française. Mais oui ! Pas de fausse modestie ! Ces grands oiseaux gris qui boivent l’eau des rêves le savent. Et si nos idées glissent vers l’amont de toutes les rivières, à qui la faute ? Au cœur sans âme penché du côté de l’absence. De l’enfumoir comme aussi de la volière auréolée les stars s’échappent puis échangent leurs rôles sous la cloche du jour. C’est clair comme…le jour !

  3. Éclaircie dit :

    Mes deux yeux suffisent à peine.

    Plus clair même que le jour, qui ce matin paresse dans la pénombre.

  4. Elisa Romain dit :

    Oui : nos « deux yeux suffisent à peine ».

    Merci à vous quatre.

  5. heliomel dit :

    le porte-clefs se trouve dans la boite sépia, ouatinée de mèches de cheveux, à côté couché sur le sable, le masque observe les grands oiseaux.
    Le chien aboie, la zephane passe.

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