La rétine du cyclope

Lorsqu’un monde entre au royaume des ténèbres

Des allées fleurissent

Dès qu’un humain les arpente

Comme une chenille aux multiples couleurs.

Ces chemins sont sonores

Des prénoms s’y murmurent

Des histoires, d’amour, toujours

Plus ou moins longues

Plus ou moins heureuses.

Les allées mènent au bout de chemins et fleurissent

Dès qu’un vivant les emprunte.

.

Des tuyaux des caniveaux

Des chenaux des canaux

Scintillez, les balisées

Ruisselez, les cannibalisées

.

J’aime l’eau fraîche qui badine

Comme une note de mandoline

Celle qui fait plic ploc sur l’étang

L’oppressée du torrent

.

L’orageuse d’un soir assassin

L’opaque et mystérieuse du bassin

La charmante cressonnière

La nappée buissonnière

.

L’amère ferrugineuse

La douce limoneuse

La mélodie du chant de l’eau

Mêlée au vent me chaut

.

Au bout de l’escalier la rivière s’agite

Comme un poisson dans l’air et le toit ne sait pas

Lui redonner confiance – il neige sur les tuiles

Cette neige mon cœur ne la ferait pas fondre

S’il sortait de son nid douillet pour respirer

La fraîcheur d’un hiver attendu par les pauvres

Devant qui s’ouvriront les portes des hospices

Et celles à fronton du ciel – le ciel trop sourd

Pour m’entendre s’éloigne avec tous ses bagages

Des valises remplies d’averses musicales

Des sacs lestés d’azur déteignant sous la pluie

Des nuages farcis comme à noël les dindes

Des éclairs en béton brocardés par la foudre

Le retenir chacun s’y emploie mais nul ne

Le peut ni ne décroche une étoile ou la lune

.

La muselière se referme sur l’horloge

Et les secondes seules s’égrènent

Les heures se figent et s’envolent les minutes

Un couple de valseurs n’en finit pas d’ouvrir le bal

Sous les aiguilles de leur talon naissent des fissures

Zébrant le sol et d’où se propage une lumière blafarde

Ils héritent de châteaux que personne n’a jamais construits

La chevelure des cavaliers oscille entre le roux et le gris

Et laisse apparaître le sommeil d’un grand oiseau

Un voile sur les ailes et cette lueur sur les paupières

Qui rappelle la brûlure d’un froid mordant

.

Les nains de jardin sans rire

Ramassent les restes des contes

Perdus par nos enfants lunatiques

Egarés

Les petits bonshommes de plâtre

Sont les meilleurs gardiens des yeux

Qui n’ont rien vu

Saluons leur ouvrage discret

Nous qui passons en foulant les herbes sauvages

Sans jamais baisser le regard

Trop occupés que nous sommes

A sculpter la rétine du cyclope…

.

Distribution des rôles imaginée par 4 Z,Eclaircie, Phoenixs, Héliomel et Elisa.

Avec l’aimable participation du cyclope, d’une horloge, de l’azur, de l’eau et de quelques fleurs.

.

 

 

 

9 commentaires sur “La rétine du cyclope”

  1. phoenixs dit :

    Une muselière, des prénoms, des escaliers sous les  » nuages farcis « ; le temps des vagues s’arrête au seuil de novembre sous les ailes d’un ZEPHE inspiré malgré le noir des heures.

  2. phoenixs dit :

    Ou peut-être à cause.

  3. Elisa-R dit :

    Les deux sans doute.

  4. Heliomel dit :

    Il est temps de rentrer les nains de jardin, il ne leur reste qu’ à compter les heures, les jours, ils attendront que refleurissent les allées pour faire pipi sur les nuages

  5. Éclaircie dit :

    Et sur la rétine de ce cyclope apparaissent de bien étranges scènes : des chemins sonores bordant l’oppressée du torrent qui s’engouffre dans des valises remplies d’averses musicales flottant sur les douves de châteaux invisibles tandis que des nains de jardin moissonnent les contes.

  6. phoenixs dit :

    L’idée que des nains de jardin puissent faire pipi sur les nuages molletonnés à de quoi inspirer 😉

  7. Heliomel dit :

    Surtout les grandes andouilles aux yeux secs…

  8. 4Z2A84 dit :

    Le cyclope, avant son aveuglement par le renard grec, laissait volontiers courir ses regards sur des châteaux que jamais personne n’a construits, dans une Espagne mythique. Il aimait l’eau fraîche qui badine dans des chemins sonores où se murmurent les prénoms des douces limoneuses. Il se nourrissait de nuages farcis tout en lisant ZEPHE dont les poèmes paraissaient en fin de semaine – écrits sur le sable…

  9. heliomel dit :

    fumer cyclope tue…

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