Les battements de la virgule

 

Des cités incroyables surgissent des sous-sols spongieux

La forêt semble frémir losrqu’un vent discret se lève.

L’horizon s’efface avec le lever du jour, comme dévoré peu à peu par un être gigantesque et vaporeux. Les maisons voisines disparaissent, un calme étrange prend place. Le brouillard se révèle aux regards des quelques-uns sortis trop tôt du sommeil.

Ainsi protégés, des êtres fabuleux s’étirent puis courent pour rejoindre l’orée des villes.

Ils écoutent la rumeur, encore faible, de ces monstres élégants qui, de jour en jour, réduisent leur existence au secret ou à la fuite.

 

Dans l’allée de gravier rose

Quelques silhouettes

Si lointaines qu’il est impossible de dire

Leur direction

Le crissement de leurs chaussures sur le sol

Parviennent pourtant jusqu’aux fenêtres

Ou n’est-ce que le battement du cœur

Résonant dans ce corps où la couleur

Peu à peu s’estompe et se dilue

Battement resté fidèle au rythme des voix mêlées

 

Dans  les verts tuyaux de Poméranie coulent les eaux mortes des lagunes bronzées au soleil du nord.

Les digues endimanchées, fermetures éclair des courants marins, protègent les dunes aux oyats blonds. Le vent tisse des dentelles blanches d’écume au pied des roches plates.

Et les vagues à cornes de béliers viennent dormir sur les sables mouvants. Le marnage et l’estran  changent les draps pour les nuages venus des Lofoten.

Le marais  s’assèche. La vase devient limon et la lande fleurit aux Frises orientales.

 

Je regardais les montagnes mais les montagnes

Que leur faisait mon regard posé sur elles

Se soulèveraient-elles d’horreur si j’avais

L’audace d’avancer les lèvres de baiser

La fente rousse avec son torrent captif

Qui jamais ne cessait entièrement d’être

A l’intérieur du cœur des montagnes

Ces géantes

Qui ruminent comme des amoureuses après l’amour

 

Dérailler,

 

C’est écrit petit

Tout petit en bas du sable

Si petit que tu ne vois rien

Entre les grains.

C’est posé sur le coin du ciel

Là-bas dans le grand noir

Minuscule sans virgule

Une pause dans la course

Infime que tu frôles sans rien sentir

Du courant d’air.

Entre les deux

Qui seras-tu si tu ne sais rien d’être

De travers ?

 

4Z, Elisa, Phoenixs, Héliomel, Eclaircie…

 

7 réponses sur “Les battements de la virgule”

  1. phoenixs dit :

    Je me demande où vont ces  » monstres élégants  » après l’amour…

  2. Éclaircie dit :

    Non, vous ne rêvez pas, le PPV s’est enrichi dans la nuit de notre « H » célèbre.

    Ce qui laisse plus de choix encore pour imaginer où vont ces « monstres élégants » !

  3. Heliomel dit :

    J’avais les mains dans le cambouis pour cause de changement de chaudière (elle a eu l’élégance de mourir avant l’hiver) mais il en fallait plus pour ne pas enrichir notre bibliothèque d’une des plus belles pages de la littérature française.
    Les monstres élégants se promènent repus entre landes et montagnes tout en frôlant les courants d’air…

  4. phoenixs dit :

    C’est vrai qu’on a du mal à les imaginer la tête dans une chaudière morte 😉

  5. heliomel dit :

    À moins que ce ne soient des salamandres…

  6. Elisa-R dit :

    Dérailler, c’est tentant si le train ou l’esprit vole vers les montagnes, la Poméranie ou l’allée de gravier rose.

    …C’est joli une salamandre.

  7. 4Z2A84 dit :

    J’aimerais connaître ces êtres fabuleux et ces monstres élégants,
    entendre les battements de ce cœur et le crissement de ces chaussures,
    regarder glisser ces nuages venus de Lofoten (« tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale/au cimetière étrange de Lofoten »),
    caresser ces montagnes, ces géantes,
    saisir cette virgule insensible au courant d’air…

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