Peau de pluie dans un grand seau d’eau froide

Peau de pluie,

Une fois que tu as pillé les étoiles

Les bouts de route crottée

Quelques fleuves mal léchés

Une fois que tu as dérobé le feu

Les horizons bannis l’enveloppe des anges

Les ailes des oasis

Que reste-t-il dans tes bagages en peau d’humain ?

Deux mouchoirs secs

Un peu de sable, restes d’un cœur enterré

Une pincée de sourire édenté

Et l’immense vide de ta chimère en peau de nuit…

.

Les mots naissants plongés dans un grand seau d’eau froide

Seront soumis au silence.

Il n’y aura plus que le ciel dans le rôle du ciel, la terre dans celui de la terre et l’ennui dans l’esprit du poète.

Pourtant, à quelques pas, les livres se couvrent de phrases, des jurons s’en échappent ou des déclarations enflammées. Les décombres y côtoient les lumières fantastiques des grandes villes du monde.

Rien n’y fera, il extirpera de son crâne fiévreux les idées à peine pensées.

.

En rangs serrés, mal peignées, les hordes de chevaux des Médiomatriques font désordre, elles s’opposent aux clairons mal embouchés des bégayeurs qui ont un cheveu sur la langue.

Mais après un match nul tout ce monde partira à la conquête des casques à pointe à Pointe à Pitre, traversera dans les  clous de giroflée de Macassar. Finalement c’est  en Amazonie qu’ils trouveront la tondeuse universelle inventée par les Jivaros.

Poussant plus loin encore, ils découvriront  sur une île des Galápagos le peigne à écrêter les iguanes marins, la brosse pour les marines de Guadalcanal, la boule à zéro de Mussolini.

Forts de leurs succès, ivres de leurs conquêtes, ils remonteront les Champs-Elysées juchés sur des cornes de gastéropodes tricolores et seront applaudis par des ragondins lissés dans le sens du poil qui auront coiffé sur le poteau la chevelure de Bérénice.

.
Le crépuscule au soir comme au matin

Serre le cœur de ceux qui le rencontrent

Leur vie leur semble alors basculer dans le vide.

Pourquoi ? Les heures n’ont pourtant rien de commun

Avec la fourmilière et le front son abri

Contre un doigt de lueur dans un verre trop grand.

D’où vient que nous mourons avec le jour ? D’où vient

La clarté sur nos mains quand d’autres mains les croisent ?

Des mains sans vraie chaleur des mains honteuses.

Si le soleil se cache au grenier soulevons

Le toit. S’il tergiverse avant de nous quitter

L’espoir aura volé tout pathos à l’adieu.

Délivrée de son cadre étriqué la fenêtre

Enregistre un effort du ciel illimité.

.

 

De ses bras il étreint la rivière

Et boit la lune qui se mire à sa surface

Il joue des nuages comme on le fait d’une balle

Étonné que le vent ne fasse pas barrage

Il dresse des cathédrales au cœur des clairières

Creuse dans les dunes des lits pour les étoiles

Tutoie les poissons et court sous l’aile des chevaux

Aux fenêtres il dépose des feuilles immaculées

Et sur les paupières du dormeur

Un frémissement à peine perceptible

Puis le matin le surprend dans le sein d’une vague

Le songe s’est assoupi

Ont participé par ordre alfamélique:

4zbeaelisaeclaircieheliomel

 

7 replies on “Peau de pluie dans un grand seau d’eau froide”

  1. Éclaircie dit :

    Même plongés dans l’eau froide, les mots ici ont un relief, des couleurs et un grain (de peau) à couper le souffle.
    De nuit ou au crépuscule, sur le sable ou les Champs-Elysées, si le(e) poète(s) extrai(en)t les idées de son-leur- crâne pour nous les offrir, nous pourrons fêter des lunes et des lunes de créations originales, avec ou sans clairon.
    Et ne me parlez pas d’ennui…

  2. Elisa-R dit :

    A l’image de la lune en ce moment : fantastique!

  3. phoenixs dit :

    Je trouve ce  » seau  » particulièrement bien rempli comme une sorte de puits à vérités étoilées…

  4. 4Z2A84 dit :

    Un labyrinthe de mots d’images et de sensations dans lequel bizarrement on trouve jubilatoire de se perdre. La sortie ? Rien ne l’indique. Tout, au contraire, nous retient parmi les trésors de ce dédale enchanteur.

  5. heliomel dit :

    On perce de petits trous, on suspend l’anse à un arbre et on a une douche sous les étoiles comme une pluis tiède d’automne.

  6. heliomel dit :

    grrr « pluie »

  7. Elisa-R dit :

    C’est vrai qu’on n’a pas envie d’en sortir…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.