Les pavillons incertains

 

Dans un blanc épais, opaque, il dort, d’un sommeil de conte de fées, niché au cœur chaud d’un livre.

De petits personnages colorés escaladent les pages, cherchant les traces d’un soleil ou, à défaut, d’une lumière. Mais le blanc efface tout, jusqu’aux illustrations qui veillaient, fières, dès la belle couverture.

Que d’innocentes mains saisissent l’ouvrage, le trouvent, l’éveillent. Vite, avant que les lèvres glacées de l’hiver n’éteignent à jamais la machine à rêver !

 

Dans le ciel ensablé

S’ouvrent des entonnoirs

On y boit des jus de fruit

En fermant les yeux pour mieux entendre

Un liquide pourtant silencieux

Les oiseaux comptent mal

Leur chiffre passe les frontières

Leurs ailes s’intervertissent

Ils oublient de voler

Et se laissent porter

Par les soupirs de femmes

Qui avec une cruche sur la tête

Parviennent à bâtir

Et nous les regardons

Eblouis quoique privés de tout

 

Dans un ciel bouton d’or des téléphones noirs

Jouent les oiseaux de mauvais augure

Prédisent à des nuages blancs d’œuf

Qu’ils finiront noyés aux rives du crépuscule

 

On fait briller leurs ailes

Avec deux gouttes de vinaigre

De deux battements de portes

Des poignées de portes s’envolent

 

Un pinceau rouge à lèvres se pavane

En suspension entre place et beau

Tiens, il va pleuvoir des cordes à linge

Comme des limaces, les pinces s’avancent

 

L’océan dans la tête

Bercé par tous les vents

Le corps s’étale et chante

Parfois se désagrège

Pour mieux réapparaître

Et tandis que ses gestes

N’éveillent aucun soupçon

Il se fond dans les arbres

Au lit de la rivière

Mais aussi dans nos yeux

 

Où sommes-nous ?

 

Mais non Marthe, pas dans un zoo

Un vaste pavillon réservé ?

A bien  entendre, sans doute…

Tourner entre deux mondes

Renverser les vapeurs

Pencher au-dessus des eaux noires

Nous, infinitifs sans sujet

Verbes sans objet,

Conjuguons  les univers

Sans relever l’espoir collé

A nos semelles gluantes.

Mais non Marthe, pas dans un cirque

A moins que tu ne remettes ton nez rouge…

 

Les résidents de ces pavillons (dans un livre, un zoo, un cirque, un arbre, survolant les frontières ou sur la corde à linge) :

4Z Elisa Phoenixs Héliomel Eclaircie

 

15 replies on “Les pavillons incertains”

  1. phoenixs dit :

    Les hivers s’approchent, en effet.
    Ils recouvrent les oiseaux et les portes, les petits bonshommes endormis entre les pages, mais ils ne parviendront pas à glacer le sang blanc des têtes qui leur donnent vie 😉

  2. Elisa-R dit :

    Les univers de ZEPHE n’ont aucune frontière et on s’y promène, en équilibre sur un fil si tel est notre fantaisie, la tête toujours ailleurs. C’est une belle journée qui s’annonce.

  3. 4Z2A84 dit :

    Nichés au cœur chaud d’un livre
    ou vulnérables
    sous une pluie de cordes à linge
    nous, verbes sans objet,
    conjuguons des univers :
    l’océan dans la tête
    et le ciel ensablé.
    .
    D’un pavillon à l’autre les poètes trouvent les mots qui leur manquaient comme le nuage en rupture de stock invente l’averse et les échelles qu’elle emprunte pour descendre jusqu’à nous.

  4. heliomel dit :

    Ceux qui n’auront pas commencé leur texte par la lettre « D » soit deux sur le quintet seront punis et enfermés pour une semaine dans le pavillon des incertains, juste à côté du manoir des brumes.

  5. Elisa-R dit :

    Pour éviter de copier cent fois : si telle est notre fantaisie…

  6. 4Z2A84 dit :

    Chouette ! (ou hibou !) j’échappe à la punition !…Mais est-ce vraiment une punition que d’être enfermé dans le pavillon des incertains ? Il paraît notamment que l’on y dégusterait de délicieuses tartes au citron, des figues et le meilleur chocolat du monde…Voilà qui déplaira au vilain Héliomel dont je suis à peu près certain que le texte commence par un « d »…Par ailleurs souvenons-nous qu’un coup de dés s’il n’abolit jamais le hasard n’est pas à l’abri du hasard pour s’abolir.

  7. phoenixs dit :

    Défunts
    Désormais
    Dorment
    Définitivement les nuages incertains…

  8. Heliomel dit :

    Dans le pavillon des incertains, méfiez-vous des oreilles ennemies vous écoutent!

  9. Elisa-R dit :

    Huit commentaires, cinq participants et de la tarte au citron : l’humeur est belle ici !
    Avec un ciel aussi changeant et surprenant, il fallait s’y attendre…

  10. Éclaircie dit :

    J’opte pour les figues. Les dés n’afficheront que des deux. Des dindons dodus se dandineront dans les dunes. Déjà décline la douce déraison. Au diapason du départ, dodelinent des dentelles.

    (On peut raccourcir la semaine à un jour ? quoique le pavillon des incertains avec ses lits de brume-oui ! le manoir partage- son chocolat donne une couleur aux petits personnages à vous inspirer mille parts de tarte au citron -heu…- de ZEPHE.

  11. Éclaircie dit :

    onze-oisif-obscur-obtus-ombrageux

  12. Éclaircie dit :

    Douze, drôlement douillet !

  13. Elisa-R dit :

    Treize-tarte-triste-ténébreux-tergiverser-traquer-trouver-tolérer-taquiner-titiller

  14. Heliomel dit :

    J’aime quand quelqu’un,sur une simple querelle,quitte un quidam,
    sur le quai du quotidien,loin des quolibets, des questions.Pas de quartier pour quiconque dans sa quiétude est quelconque. J’aime la qualité sans quotité quoi

  15. phoenixs dit :

    Dons dits…

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