Une sirène de pleine lune

Nous sommes entre deux mondes qui s’ignorent

Flottant

Eparpillés entre des étoiles affamées

D’elles-mêmes

Clignotent nos devenirs répétitifs

Naître à renaître

Paraître et disparaître

Dans la plus belle des nuits

Insensées

Qui tournent sans nous…

 

Penché sur le berceau de l’automne

L’été devient myope

De cataractes en catastrophes

De désastres en asters

Son univers grisaille

Pourtant l’eau se la coule douce

Et la mousse bien ancrée

Prépare le lit des champignons

Mais dans le ciel tourmenté

Les papillons  noirs de la mélancolie

Tournent des ronds de sorcières

Pour l’équinoxe qui s’annonce

 

Quel était ce jardin où s’agitaient mille clochettes, mille couleurs ?

Un chien blanc et noir s’y promenait lorsque le soir éteignait les consciences trop aiguisées et allumait, dans les foyers silencieux, les petits jours artificiels.

De longs arbres aux voix graves le bordaient, et des vagues figées hautes comme trois fleurs.

A qui appartenait ce jardin posé sous la fenêtre ? Cette fenêtre unique donnant sur une vie, sans mots, sans bruits.

Les soirs de pleine lune, on y cueillait des brassées de sirènes aux têtes brunes, aux bras blancs.

 

Cette villa donne le vertige

On croit que c’est parce qu’elle est bâtie sur une cascade

Mais on n’entend aucun son et l’eau est prisonnière

De la roche qui appartient à la montagne

Et l’on ne domine qu’un jardin obscur

Qui entre par la fenêtre le soir avec le vent

Non pas brusquement mais comme en rêvant avec douceur

Et l’on respire en prenant son temps ce très long serpent

Car tout est bon et rien ne sert de choisir

Parmi tant d’admirables mortelles choses

…Si demain nous devions descendre au tombeau

Qui saurait après nous goûter ces choses

 

4Z2A84, Elisa, Phoenix, Heliomel, Eclaircie en pensée ont participé à ce texte zéphitique.

4 commentaires sur “Une sirène de pleine lune”

  1. phoenixs dit :

    Que de réflexions sur la vie !
    On tourne, on respire, on ressent, on presse les mots de rendre son sens à l’inaudible; tout ça sous le grand regard noir des lunes sculptées de mystère !

  2. 4Z2A84 dit :

    On est ébloui à chaque étage de ce poème car à chaque étage un miracle semble s’opérer. La Poésie s’y trouve partout, dans les détails comme ailleurs. Oui, Phoenixs, par intermittence l’inaudible est ici perçu.

  3. Elisa-R dit :

    Et cette lecture me rend heureuse.

    « Les papillons noirs de la mélancolie » ouvrent leurs ailes à  » la plus belle des nuits » et les fenêtres demeurent ouvertes.

    J’y reviendrai !

  4. heliomel dit :

    c’est toujours lu avec plaisir
    c’est toujours trop court
    on est bien obligés de redescendre
    et d’attendre…la semaine prochaine
    Un zephiste convaincu

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