Le chant du miroir

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La vie suivait son cours.

Des sourires factices se rangeaient les uns derrière les autres sur la surface glaciale des prospectus, prêts à tout exagérer pour déjouer la constance de nos rêves.

La cuisine sommeillait, protégée des déboires du monde par l’acier blanc de ses paupières. Les gémissements de l’exilé, ami fraîchement orphelin, bien que lointains et discrets, flottaient dans la pièce plus réceptive que toutes les autres.

Je me levai soudain, décidée à céder à l’appel des sirènes, lorsque je fus saisie d’émerveillement  par l’éclat des étoiles, synthétiques mais parfaites, des villages de la plaine métamorphosés par la nuit en collines magiques.

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Le soleil est entré sans crier gare

Et je suis tombée à genoux

Je me lavais les mains dans l’air

Je m’étonnais d’être encore jeune

Ayant vécu dans un grenier

Toute l’existence d’une autre

Je la cherchais dans les miroirs

Sous les toiles d’araignée

Parmi les mannequins

Oubliant que j’étais aveugle

Oubliant même que j’avais

Des enfants un mari de la fortune

Et une chevelure superbe

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Une tête en équilibre sur un corps immobile

Les yeux fixes

Pas un frémissement des ailes du nez

Les cils étendent leur ombre sur les pupilles statiques

Le vent semble éviter cet écueil au bord de l’étang

On attend un signe

Un geste

Alors la silhouette s’accroupit

La chevelure vient troubler l’onde

La joue caresse les brisures des étoiles

La bouche s’entrouvre -pour chuchoter une prière ?

Et dans un baiser

Happe le reflet de la lune

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Les jours défilent sans prévenir,

 

Pourquoi le feraient-ils d’ailleurs ?

Les longues avenues, les allées, les collines

Reines des défilés, n’ont rien à dire aux heures

Perchées sur la branche

Les unes embrassent les lentes marches des passants

Les autres les abrègent

Quand les Parques feuillètent le calendrier

Les passagers émiettent leur goûter

En secouant les plis du temps.

Non, décidément voilà bien deux mondes qui s’ignorent

Je dirais même plus, se méprisent.

Mais, la dernière qui sifflote le nez en l’air

Au-dessus de nos têtes baissées

Sait bien, elle, qu’elle aura le dernier mot

Quoi qu’on en dise…

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La souris hésite

Se laisser pénétrer par un matou

On n’a jamais vu ça

Quoique, d’un autre côté…

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On dit bien passer par un trou de souris

Et puis il a de si belles moustaches…

Le 47 novembre 3024 elle accoucha

Du premier animalcule qui n’ait jamais souri

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Il a les yeux du père s’extasiaient les myopes

C’est sa queue crachée disaient les envieux

En regardant la mère blanche et flapie

Chat déclara qu’on l’appellerait Brésil

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Cette petite musique  extraordinaire a été composée, dans la bonne humeur , par  ZEPHE* !

 

* 4z, Eclaircie, Phoenixs, Héliomel et moi-même.

4 commentaires sur “Le chant du miroir”

  1. Elisa-R dit :

    Le soleil lui-même a décidé de briller en lisant notre PPV.

  2. phoenixs dit :

    Ces histoires de souris qui vapotent des matous, ces cuisines fardées de métal, ces silhouettes qui happent la lune, ces aveugles dans des greniers perdus, quel  » chant du miroir » sans les alouettes !
    ZEPHE se débrouille plutôt bien avec son plumage multicolore…

  3. heliomel dit :

    Au début , j’avais cru lire des souris factices!
    alors je me suis lavé les mains dans l’air
    en secouant les plis du temps
    On attend toujours un signe…

  4. 4Z2A84 dit :

    Ainsi les miroirs ne se contentent plus de réfléchir, ils chantent ! Et nous n’avons pas à tendre l’oreille. Il suffit d’écouter les poètes pour voir des choses inconnues. Il suffit de regarder ce qu’ils montrent pour les entendre nous révéler des secrets. Car lorsque l’oreille a de bons yeux ceux-ci écoutent.

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