Sous le soleil des heures

 

 

Tu aurais mieux fait de jeter le sablier comme on rend son tablier,

Vite les mains devant les yeux

Courir sans but vers la jetée

Se jeter à l’eau

Droit devant nager sans se retourner

Vers l’éventail au large qui replie le temps

A chaque brasse coulée

Brasser l’air restant

Une dernière goulée

Sans étouffer

Tu aurais mieux fait d’apprendre à casser les pendules

Au lieu de les remonter en aveugle

En égarant tes regards vaguement éperdus…

.

On plonge dans l’à-pic comme dans le regard

D’une femme oubliée pour laquelle une ville

Souffrit un siège et les assauts de maints béliers

Nous n’y mourûmes pas de faim ni vous ni moi ;

Pour cette même femme on lança sur les plaines

Liquides des bateaux de guerre. Si le sang

Rougit ou non les flots quel marin s’en souvient ?

Le récit achevé les paroles voltigent

Comme les mots du livre étourdiment relu.

Je connais ce visage il sourit dans mes songes

Mais ton nom seul le marbre en garde l’estampille…

L’entendre de ta bouche et te voir t’effacer !

.

Sur un fil ténu

Se tiennent trois silhouettes

Elles se dessinent sur fond de ciel

Tous les jours de marché

Et les autres aussi

La première jongle avec des sardines

Elles sont vertes et vivantes

Elle joue de la musique pour enfant

La deuxième les mains dans le dos parfois

Arpente le cocon dont il sort de la soie

L’aube l’amène à rire alors les nuages tremblent

La troisième souvent immobile parle parle parle

.

Elle se promène au gré du temps, prend le temps de s’asseoir à la terrasse d’un café, ou pose son front contre la vitre d’un train .Elle choisit parfois ce moment entre chien et loup où l’œil se ferme et apparaît en robe de bal, dit bonjour à l’insomnie

Elle est parfois pressée, les mots se bousculent, ou indolente, avare comme un ru de juillet

Elle aime les concerts, les paysages colorés, mon imagination se repaît de tout ce qui l’entoure, mais désolé, aujourd’hui, elle n’est pas au rendez-vous !

.

Une longue silhouette demeurait immobile

Derrière les vitres sales d’une demeure à l’abandon

Le soleil était chaud et l’ombre des arbres

Offrait un refuge agréable et frais

Caché derrière le tronc épais d’un hêtre

Quelqu’un attendait

Au rez-de-chaussée un rideau gris

Cherchait à s’évader par la fenêtre cassée

Le vent poussait les feuilles à murmurer d’inaudibles paroles

L’étranger disparut au moment où la silhouette s’effaçait

.

 

Cinq aiguilles à la pendule : Phoenixs, Eclaircie, 4Z, Héliomel et moi-même.

Merci à Phoenixs pour le titre.

6 réponses sur “Sous le soleil des heures”

  1. Elisa-R dit :

    Etonnant et agréablement surprenant !

  2. 4Z2A84 dit :

    ah jongler avec des sardines
    après le repos
    le front contre la vitre du train
    d’où le rideau gris cherche à s’évader
    ah jongler avec des sardines
    casser les pendules
    courir sans but vers la jetée
    puis plonger dans l’à-pic
    comme dans le regard d’Hélène
    ah jongler avec nos cinq têtes
    ah jongler

  3. 4Z2A84 dit :

    avec les heures

  4. Éclaircie dit :

    Le temps dans tous ses états.

  5. Elisa-R dit :

    L »étang dans tous ses états: mais oui car il fait chaud et l’on nous menace de nous envoyer des orages!
    Relisons plutôt cette merveilleuse suite de poèmes.

  6. phoenixs dit :

    Rendez-vous ou non avec l’insomnie, la chaleur et les robes de bal, les mots de cet été valsent dans leur jardin secret avec le sourire des ombres complices 😉

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